Non, la Manianite n’est pas l’antidote de la dynamite…
La manianite est l’art subtil de renvoyer à maniana, c'est-à-dire à demain ce que l’on devrait faire aujourd’hui.
C’est ce que les linguistes appellent la procrastination et les hommes d’action la culpabilisation devant l’amoncellement des résolutions prises dont la réalisation est renvoyée à des lendemains incertains, si ce n’est, pis encore, sine die…
C’est là qu’intervient le dernier Prix Nobel d’économie 2005 , le Professeur Thomas Schelling http://nobelprize.org/nobel_prizes/economics/laureates/2005/schelling-lecture.html .
Le Professeur Schelling doit son prix à sa contribution majeure à la compréhension des conflits, qu’il nous rend accessible grâce à l’analyse de la théorie des jeux. Curieusement, il n’a pas limité sa théorie à l’analyse des conflits internationaux; il l'a étendue aussi à nos conflits intimes, personnels, ceux entre lesquels nous nous débattons. Et il nous livre quelques excellentes recettes reprises par Virginia Pastrel dans un article du New York Times du 30 décembre 2005 dont je vous recommande tout à fait la lecture.
Mais pour tous ceux qui comme moi sont atteints de manianite aigüe, j’ajouterai quelques recommandations de mon cru dont j’ai pu mesurer l’efficacité.
La première en matière de bonnes résolutions, c’est tout d’abord se décider à en prendre… Une résolution n’est pas un vœu pieux, déconnecté de la réalité, à l’énoncé, vague, imprécis et à ce titre sujet à toutes les déviations, tous les écarts. Non, une résolution c’est le résultat d’un choix réfléchi, délibéré, volontaire . C’est choisir entre faire ce voyage en Chine longtemps différé ou aller pour la nième fois au dernier village du Club Med, c’est choisir entre une série de conférences stimulantes sur l’art ou s’inscrire à un club de fitness , c’est consacrer son temps libre à perfectionner son bridge dans des tournois prenants sur Internet ou le partager avec des êtres proches…
Vouloir tout faire, c’est probablement se condamner à papillonner de ci de là sans résultat significatif et sans satisfaction personnelle.
Ceci étant, une fois la résolution prise, comment lui faire dépasser le stade de la seule bonne intention ? Je vous propose ci-après quelques pistes:
La première est de partager vos résolutions avec quelqu’un qui, non seulement vous demandera à intervalles réguliers où vous en êtes, mais qui peut-être vous aidera à tenir votre résolution, surtout si lui aussi en a pris une analogue…
La seconde est de se mettre sous tension en se créant des délais de réalisation à tenir impérativement. C’est ainsi que j’ai pu mettre la dernière touche à un livre qui me tenait à cœur et que je n’arrivais pas à finir, d’autant que je n’avais pas de délai précis de remise à l’éditeur.
La troisième est de ne pas renoncer trop vite à sa résolution pour culpabiliser ensuite. Certes,une résolution peut être abandonnée au profit d’une autre devenue prioritaire, encore faut-il le faire d'une manière délibérée. Et même dans ce cas là il faut savoir revenir à la résolution première, si elle a toujours un caractère d’actualité…
Et maintenant voyons où j'en suis de mes propres résolutions pour 2006: J’en ai trois :
La première est de terminer la refonte de la troisième édition de mon livre sur les 100 mots clés du management. Objectif atteint le 10 Août 2006!
La deuxième est pour le 31 Décembre 2006, la rédaction du « serment d’Abimelekh » un roman autobiographique qui se déroule au Maroc, en Israël et autres lieux et met en scène un groupe lié par un serment qui survivra à toutes les péripéties de l’Histoire agitée de ces pays. Objectif très en retard!!!
La troisième est de réussir le colloque « mettre l’évaluation des politiques au cœur du débat public » le 13 Juin au Sénat . Organisé sous l’égide de la Fondation Concorde, le colloque doit analyser pourquoi lévaluation des politiques publiques peine à s’établir en France et comment la mettre au cœur du débat politique national. Transpartisan, comme l’a été le vote unanime de la LOLF, ce colloque devait réunir tous ceux intéressés par un renouveau du débat public et la recherche de transparence et d’efficacité dans l’utilisation des fonds publics. Objectif atteint! colloque réussi!!
Et maintenant, n’oubliez pas de me demander où j’en suis… régulièrement !
et d’enrichir ce blog… ……… opportunément !
D’avance merci !.
Paul Ohana
NB. Manianite est un mot que j’ai créé et soumis il y a quelques années à l’Académie Française. Celle-ci, par la plume de M. Jean Dutourd, a décliné l’introduction de ce mot nouveau pour laisser à son synonyme la procrastination l’exclusivité de l’appellation de ce fléau.
