L'évaluation est un concept qui ne fait pas partie de notre culture; habitués au contrôle, par définition tâtillon, à l'inspection, par nature injuste, nous préférons vivre dans un univers sans repères et sans objectifs au risque de tourner en rond car comme disait la fée à Alice au pays des Merveilles de Lewis Carrol : "si tu ne sais pas où tu vas tu ne sauras pas si tu es arrivée".
D'où notre réserve à l'idée d'une évaluation au sens orginal du terme, à savoir donner de la valeur, apprécier, pour progresser.
Et pourtant, même si c'est très lentement, l'idée de l'évaluation fait son chemin en entreprise tout d'abord,puis avec plus de lenteur encore dans nos services publics pour aboutir peut-être et enfin à l'évaluation de nos politiques publiques.
Arrêtons nous un instant sur les formes de l'évaluation:
La première est l'évaluation par le hiérachique ;elle se fait traditionnellement lors de l'entretien annuel; désormais incontournable, elle suppose un climat approprié, doigté et compétence pour ne pas être l'occasion d'un règlement de comptes. Cette approche va, semble-t-il, remplacer aussi dans les entreprises publiques la notation dont tout un chacun reconnait les limites et les distorsions possibles.
La seconde est l'auto évaluation, auto-déclarative. C'est le collaborateur qui s'auto-évalue, ce qui lui permet de mieux se connaître , de travailler ses pistes de progrès et puis aussi de comparer sa propre évaluation avec celle de son hiérarchique.
Autre variante , l'évaluation par les collaborateurs: ce sont les collaborateurs qui évaluent leurs managers, un mode d'évaluation pratiqué dans des univers aussi différents qu'IBM ou l'armée!
Complément de ce type d'évaluation, l'évaluation par les pairs; elle est de plus en plus utilisée dans des structures travaillant en projet et enfin mode ultime d'évaluation, l'évaluation par le juge de paix incontournable: l'évaluation par le client.
L'ensemble de ce dispositif, appliqué avec plus ou moins d'exhaustivité, est le dispositif dit d'évaluation à 360°. Nous sommes là, en principe, dans l'univers des entreprises où les ressources humaines sont importantes et où l'information circule bien et la distance hiérarchique (notre vieil ennemi) très courte.
Pour boucler ce cycle vertueux le dispositif est maintenant étendu à 720° c'est le même dispositif appliqué à 6 mois ou un an du premier dispositif. Il s'agit de s'assurer que les recommandations du premier système ont bien été mises en place et suivies d'effet.
A la lecture de ces dispositifs, chacun pourra se comparer au schéma idéal en se posant les questions suivantes:
avons-nous un dispositif d'évaluation? qui évalue qui? dans quel esprit se fait cette évaluation?
et puisque nous sommes appelés à mettre bientôt notre bulletin dans l'urne, faisons que ce geste ne soit pas un acte de simple notation dans lequel nous exprimons notre seule perception; qu'il soit l'occasion de comparer celle-ci avec celles de notre environnement et qu'il soit le moment de faire remonter à la "hiérarchie" qui va nous gouverner notre perception de son management et de nos attentes en matière d'objectifs prioritaires.
Avec l'espoir, bien sûr d'être entendus!
Bien à vous
Paul Ohana http://paulohana.typepad.com