Dans un article du Monde daté du 26 Mai 2007, Frédéric Lemaître analyse pourquoi la France est incapable de donner naissance à un leader mondial comme Toyota. Et Frédéric Lemaître de souligner avec beaucoup de pertinence que l’on ne devient pas leader mondial par un coup de baguette magique mais par une démarche de longue durée (la « méthode Toyota « a débuté en 1950) basée sur des choix stratégiques pertinents et innovants : l’organisation en flux tendus et l’amélioration permanente, deux choix qui ont été possibles grâce à la qualité des relations sociales existantes au sein de Toyota.
Or c’est là que le bât blesse,Frédéric Lemaître, citant un essai de l’économiste Thomas Philippon : "le Capitalisme d’héritiers", (Seuil 110p, 10,50€) nous explique que le mal profond dont souffre l’économie française est avant tout dans la mauvaise qualité de ses relations sociales,ce qui nous empêche de fabriquer des champions à l’image de Toyota.
Je commenterai cette position sous deux angles.
Au-delà des relations sociales conventionnelles, ce sont les relations humaines au sens large qui nous ont toujours posé problème, le rapport du « chef » à ses collaborateurs empoisonné par cette «distance hiérarchique » invisible et omniprésente qui rend la relation entre les deux tendue et inefficace. J’ai eu l’occasion d’en dire quelques mots dans une précédente note (Ségolène, Hollande et la distance hiérarchique) et je pense que c’est elle qui constitue le vrai barrage au progrès. Profondément ancrée dans notre culture, associée à tort à la notion de compétence ou d’autorité, elle fait partie de notre décor managérial, public comme privé. La faire évoluer, c’est s’attaquer à un chantier de longue haleine, à entamer dès le primaire pour développer le respect de l’autre, l’écoute et l’empathie.
C’est peut-être cette même distance qui fait privilégier à nos entreprises l’approche produit à l’approche service. Rappelons nous que chez Toyota, c’est finalement le client qui est au cœur du dispositif. Or un deuxième absent fréquent dans nos entreprises c’est le client !
Notons à ce propos que la réponse de Renault comme celle de Peugeot à la crise qu’ils traversent a été d’élargir la gamme des produits pas d’augmenter la satisfaction des clients.
Il est vrai qu’au lieu de penser « satisfaction du client et implication du personnel» nos entreprises pensent d’abord « produit » ; d’où notre réussite apparente dans le domaine industriel, tels que Concorde ou Airbus, TGV , Areva, Alstom et autres chantiers navals …pour ne citer que quelques entreprises qui nous ont tour à tour donné des sueurs froides ou fait pousser le cocorico national.
Faut-il lier cette approche « produit » au fait que nombre de nos grandes entreprises « nationales » sont le fief de grands corps d’ingénieurs avec tous les mérites et les faiblesses d’une approche essentiellement technicienne ? Peut-être …
Et pourtant nous sommes capables de grandes réussites mondiales : voyez Sodexho avec Pierre Bellon , il est vrai qu’il n’est pas ingénieur, voyez le Club Med, avec sa gestion en son temps innovante des GO et des GM, il est vrai que Gilbert Trigano n’était pas ingénieur non plus, voyez enfin Skyteam, l’alliance d'Air France et KLM devenue leader mondial dans son domaine, mais il est vrai aussi que la Hollande est le pays où la distance hiérarchique est la plus courte !
A vous lire en retour,
Bien à vous
Paul Ohana