Dans un article du 2.01.07, André Azoulay et Hubert Vedrines signaient une chronique commune dans Le Monde intitulée: Inventer la paix au Moyen Orient
Leur proposition était qu'il importait de se livrer à un exercice de vérité " pédagogique et politique " sur l’histoire entrecroisée des deux peuples telle qu’ils l’ont ressentie, (et que cet exercice) soit lancé par les Nations unies, sous la forme d’un " livre blanc ", à entreprendre sans tarder, et rédigé par des personnalités israéliennes et palestiniennes incontestables.
A l'époque cette demarche m'avait bien sûr paru d'abord insuffisante si le rôle de l'ONU devait se limiter à cet exercice, utopique ensuite dans la mesure où je ne voyais pas qui dans les deux bords aurait pu se livrer à cet exercice impossible , mais en tous cas équilibrée car elle évitait de dicter aux rédacteurs potentiels des deux bords le contenu de leur prestation.
Et puis, j'apprends l'annonce du décès d'André Chouraqui que j'ai eu le grand privilège de cotoyer. Je me replonge dans ses oeuvres que je relis à la lumière des évènements actuels;
Et tout d'abord lzs traductions de l'Ancien Testament, du Nouveau Testament et du Coran. Pas de rapport direct avec le conflit du moyen orient me direz-vous. Et pourtant, ...Rien de tel que cette traduction "objective" dénuée de toute volonté d'utilisation partisane pour rendre accessible les ouvrages de référence dont se réclament les tenants (souvent extremistes) des différents bords.
Je rappelle pour ceux qui n'auraient pas encore feuilleté ces traductions que le premier mot de la Genese, en hébreu berrechit, généralement traduit par: "au commencement" ou "au début" ou "à l'origine" et qui a fait l'objet d'innombrables ouvrages de commentaires est traduit par André Chouraqui par "Entête" et le premier verset de la Bible se lit:
Entête Elohim créa les cieux et la terre.
Ce n'est plus comme dit son éditeur une traduction de traduction, une glose sur la Bible mais la Bible elle-même dont on découvre à chaque ligne la saveur originelle. Et c'est cette même approche qui a présidé aux "traductions" du Nouveau Testament et du Coran.
Grâce à Chouraqui nous avons un accès facilité aux trois livres saints traduits suivant les mêmes règles et avec la volonté de perpétuer le souffle qui les a inspirés.
Et puis je me suis replongé dans la Saga des Juifs d'Afrique du Nord, un univers dont André était originaire et qu'il n'a jamais renié. Présence ancienne des juifs en Afrique du Nord, rapports avec la France, aliya en Israel, tous les volets de cette saga sont décrits sans complaisance et permettent au lecteur non averti de comprendre la position actuelle de cette population dans le conflit.
J'ai relu aussi "vivre pour Jerusalem" ; j'y ai retrouvé bien sûr les accents deux fois millénaire de l'attachement mystique à Jérusalem, le"l'an prochain à Jérusalem" répété d'année en année et devenu désormais possible; mais j'y ai trouvé aussi la source d'un nouvel oecuménisme destiné à unir tous les hommes de bonne foi, tous ceux épris de la paix que Jérusalem porte en son nom.
Bien sûr André Chouraqui n'a pas été qu'un écrivain, témoin de son temps. Avec compétence, tact, recul, douceur, discrétion, persévérance il a travaillé avec succès au rapprochement judéo-chrétien illustré par Vatican II et à un rapprochement avec le monde musulman qui reste à poursuivre.
C'est pourquoi pour revenir à notre propos initial, je souhaite verser au dossier de la rédaction du livre blanc sur la Paix, ('si l'initiative est poursuivie) l'ensemble de l'oeuvre d'André Chouraqui avec l'espoir de pouvoir disposer bientôt d'une contribution analogue palestinienne.
Paul Ohana
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