Tout d'abord un coup de chapeau à l'équipe technique du Medef, Frédéric, Arnaud et les autres. Ils ont réussi à me brancher sur le blog du Medef malgré toutes les perfides péripéties techniques de connexion. Pour ne pas avoir l'air trop flatteur, disons que l'acces au net a été plus facile que l'acces au café!!! C'est incroyable ce que la logistique peut avoir d'importance dans les grands évenements. Il y en a qui s'en souviennent pour une malheureuse échelle absente lors d'une interview télé!
Mais revenons au Medef et au besoin de faire bouger in extremis des agendas préparés de longue date pour s'adapter aux exigences de l'actualité. On ne dira jamais assez que le gouvernement d'entreprise consiste à voir loin tout en ayant l'oeil rivé sur le guidon.C'est l'exercice de corde raide auquel se livrent les organisateurs, ceci bien sûr avec le sourire qui sied à pareil évènement.
Voici donc la séance inaugurale, non pardon la séance exceptionnelle! exceptionnelle elle l'est en effet car nous avons deux conférenciers inattendus sortant du lot . Alpha Omar Konaré, Ancien Président du Mali Président de l'OUA et Sashi Tharoor, écrivain indien ancien secrétaire général adjoint de l'ONU. Que nous dit M.Konaré? le 21 eme siècle sera africain ou il ne sera pas...L'Europe ne pourra pas indéfiniment vivre au voisinage du continent le plus peuplé du monde, le plus jeune du monde, le plus riche potentiellement du monde et aujourd'hui le plus pauvre du monde, un continent qui a dépassé le stade de la mendicité et qui veut trouver sa place sur ce terrain de foot-ball mondial, cette terre plate dont parle Fiedmann et où d'ailleurs les africains ont largement fait leurs preuves. Mais bien sûr ils ne sauraient en rester là.
Quant à l'Inde, ce n'est déjà plus un pays émergent, ce qui explique d'ailleurs que la Suède qui a revu à la baisse la liste des pays qu'elle "aide" l'a supprimé de sa liste. L'Inde c'est plus de PhD par an que les USA n'en fabriquent, ce n'est déjà plus seulement le sous traitant informatique de base qu'il a pu être naguère.C'est le pays des Tata, des Mittal, le pays qui est tout à la fois l'un des pays les plus développés et le pays où il reste le plus à faire. Voilà un autre partenaire pour lequel ceux qui ne l'ont pas encore fait ont besoin de faire évoluer leur approche.L'on ne sera pas surpris de le voir siéger bientôt à juste titre au sein des instances internationales, au Conseil de Sécurité comme au G7.
Mission délicate pour Christine Ockrent que celle d'animer cette "Pléniére d'ouverture" sur "l'éthique, le dialogue et la guerre" ; pour des raisons pratiques tout d'abord, la froidure ambiante qui a eu raison de plus d'un (alors que les organisateurs nous avaient mis en garde), la programmation de cette plénière qui faisait suite à une ouverture exceptionnelle suivie de multiples ateliers très denses.
Mais la Reine Christine s'en est fort bien acquittée comme à son accoutumée.
Jonglant entre les interventions du Chef d'Etat Major des Armées qui a rappelé entre autres la dimension du facteur de temps et de la nécessaire vision à moyen et long terme dans les analyses militaires; celle du Président de Total qui nous a exposé le point de vue d'un groupe multinational opérant dans 130 pays qui sont tous à tour de rôle à un instant donné en période électorale et qui seront tous nécessairement sur une période de 15 à 20 ans avant, pendant ou après une crise; ce qui oblige à avoir une vision à long terme pas nécessairement liée aux péripéties de la vie internationale; la position du Groupe Gaz de France qui ,actualité oblige, a plaidé pour une approche plus européenne des questions énergétiques; celle du philosophe qui nous a rappelé que l'horloge de l'apocalypse, celle qui mesure la proximité de la fin du monde, s'était rapprochée de deux minutes ! ('bigre!!!), celle du journaliste américain tout juste débarqué de Washington qui a remis nos pendules à l'heure sur l'évolution de l'opinion publique américaine. Oui elle est consciente de la réalité de la situation en Irak, oui, le prix démocratique à payer pour assurer la sécurité du pays fait débat et est considéré par d'aucuns comme trop élevé! ceci étant si un autre "11 septembre" avait lieu, ce débat serait peut-être vite clos ...Et puis nous dit notre journaliste, on a essayé de remonter le temps à l'image du fameux "back to the future". Mais ce futur autrefois désiré n'a pas marché, il faut donc construire une nouvelle vision du futur..avec ceux dont on partage les valeurs.
Il restait à Renaud Muselier et à Christine Ockrent à mettre en exergue pourquoi la France et les USA s'étaient trouvés en convergence sur l'Afghanistan et en divergence jusqu'à ce jour sur l'Irak.
Comme on peut le constater, il ne faut pas prendre au mot le thème de l'Université d'été du Medef. Jouer le Jeu , aujourd'hui, avait pour terrain de jeu le monde , pour acteurs l'humanité et pour enjeu notre conception de la vie.
Demain, il fera jour. Bonne nuit!
Paul Ohana
Président de la Commission Réforme de l'Etat
Fondation Concorde