L'un de nos hommes politiques et non des moindres avait coutume de dire : il faut donner du temps au temps.
Cette maxime fait partie de nos moeurs, de notre culture et cela depuis des temps immémoriaux où l'Ecclesiaste nous disait: il y a un temps pour toute chose, un temps pour l'action, un temps pour celui de la réflexion. Un texte que nous avions arbitré en faveur de l'analyse, de la réflexion dans laquelle nous excellons au détrimens de l'action devant laquelle nous reculons.
Ce rapport au temps est plus profond qu'il n'y parait et conditionne en grande partie les rapports entre les hommes, voire entre les nations.
Pour le manager d'un hypermarché son acivité est conditionnée par la date de validité d'un yaourt, la fraîcheur éphémère d'une salade, donc de l'ordre du jour; pour un trader sur un marché boursier sa prise de décision est de l'ordre de la seconde; pour un homme du nucléaire, l'enjeu des déchets nucléaires est de l'ordre de 50 ans voire du siècle, pour le paléontologue le temps se mesure en millénaires alors que dans le grand prix de la F1, l'écart de temps est de l'ordre du centième de seconde, c'est dire si nos rapports au temps sont différents, je dirais même, structurellement différents.
Mais revenons à notre rapport au temps et à cette question existentielle: faut-il donner du temps au temps, c'est à dire reporter la décision à plus tard ou au contraire agir maintenant en appliquant cette maxime qui nous vient de l'étranger : Do it now!?
C'est ce débat qu'a ouvert notre Président avec sa volonté de résoudre maintenant tous les grands problèmes avec lesquels nous avons vécu jusqu'à présent en les renvoyant chaque fois à demain.
Ce débat est encore une fois un débat entre les tenants de la manianite (que j'ai souvent combattue dans ce blog) et les tenants de l'action: pourquoi décider maintenant ? où est l'urgence? parlons en. Et la concertation disent-ils . peut-on décider sur des sujets sociaux sensibles sans consultation des partenaires? Certes non, mais c'est là que se pose à nouveau le rapport au temps .
Négocier veut dire connaître son dossier, exposer son point de vue, écouter et comprendre, faire preuve d'empathie à l'égard de la partie d'en face, et comprendre qu'il faut conclure. Négocier ne peut plus et ne doit plus vouloir dire chercher une façon déguisée de "gagner du temps" quand en réalité c'est de perte de temps qu'il s'agit.
Aussi, s'il a été des circonstances où il a été urgent d'attendre, il y en a dautres où il est urgent de ne plus attendre.
C'est, semble-t-il, la voie qu'a choisie le Président Nicolas Sarkozy.
Paul Ohana
Président de la Commission réforme de l'Etat
Fondation Concorde
Commentaires