Adhonc l'eau (du canal) de Suez ne coulera pas dans (les tuyaux de) Gaz de France. Nos politiques auront tout fait pour qu'il n'y ait pas d'eau dans le gaz et que cette fusion tant désirée se fasse sans trop de vague, à la satisfaction de Bruxelles, de Paris, des actionnaires et du top management.
Nous avons donc sur le papier le premier groupe énergétique du monde en gestation devançant en chiffre d'affaires EON et EDF qi deviennent donc N°2 et N°3.
Quelle déconvenue pour EDF qui s'est longtemps identifiée à l'Electricité de la France, se comportant comme telle, traitée comme telle par les Pouvoirs Publics et qui se trouve désormais ramenée au rang de troisième groupe mondial. Il y a là un repositionnement à intégrer, un vocabulaire à changer, un nouveau comportement à adopter.
Mais des interrogations analogues se posent au niveau de Gaz de France.
Certes le nouveau groupe s'appellera Gaz de France-Suez , un nom qui n'est pas une marque commerciale établie et qui adoptera sans doute dans le futur une appellation nouvelle comme Total l'avait fait en son temps avec Elf. Il est vrai que dans ce cas on savait qui absorbait qui, ce qui n'est pas las le cas ici.
La question n'est pas anodine ou sans importance pour la réussite de la suite des opérations. Gdf est une PME à capitaux étatiques qui a vécu dans une position de monopole pour la distribution du gaz; elle a eu des rapports de consanguinité avec EDF avec lequel elle a eu des directions communes et non des moindres, la DPRS Direction du Personnel et des Relations Sociales, l'activité Distribution, EDF-GDF Services responsable en particulier de l'activité facturation, une énorme Direction commune de 80.000 personnes en train d'être démantelée dans le cadre de l'opération démixage. Plus petite que sa grande soeur, vivant souvent mal l'ombre commerciale qu'elle lui portait, GDF est créditée d'une bonne gestion et d'un grand dynamisme. Sa fusion avec EDF (si seulement Bruxelles l'avait voulu) semblait la voie la plus naturelle d'autant que les Etats Majors, Président compris, ont occupé indifféremment des postes de responsabilité indifféremment dans chacune des entreprises, qu'ils connaissent toutes deux parfaitement.
On ne saurait en dire autant pour Suez et GDF. Les cultures des groupes, leur histoire sont différentes, leurs modes de gestion probablement aussi. La fusion ne sera pas simple. Et le premier élément du puzzle à reconstituer va être une nouvelle Direction du Personnel DPRS commune à Suez et Gaz de France! pour réorganiser, administrer, recruter et motiver les troupes des deux ensembles.
Formulons le voeu que les préoccupations légitimes de taille, de réponse à la mondialisation, de valeur pour l'actionnaire qui ont présidé à cette fusion puissent coexister avec les cultures des groupes, la richesse de leur corps social et les énergies de leur management.
En tous cas, une fusion à suivre....
Paul Ohana
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