J'ai écouté ce soir avec plaisir et intérêt la nouvelle émission de la chaîne parlementaire LCP : audit public.
L'idée de l'émission est de faire l' évaluation d'une politique publique récemment votée et mise en oeuvre en faisant débattre différentes parties prenantes .
L'intérêt de la démarche est double :
d'une part traiter de sujets complexes en se donnant le temps voulu de clarifier les concepts, en donnant le temps voulu à des intervenants venus d'horizons divers est un acte pédagogique et citoyen tout à fait louable;
par ailleurs populariser la notion d'évaluation (qualifiée ici d'audit) , en faire un domaine accessible au plus grand nombre, en faire une démarche régulière est une contribution à une plus grande démocratisation de notre vie publique à laquelle votre serviteur a apporté sa modeste contribution.
Analysons maintenant mes causes de satisfaction :
1. Le thème de l'émission: travailler plus pour gagner plus
2. le format de l'animation: une série de quatre débats enrichis par des reportages
3. les animateurs: Emilie Aubry, Christophe Jakubyszyn, Pierre-Marie Vidal
une animatrice remarquable, maîtrisant son sujet, maîtrisant le débat avec sourire et tact, secondée par un animateur plus jeune, vite désarçonné par une remarque d'un invité: "ne soyez pas réducteur, ne soyez pas caricatural, le sujet est trop sérieux pour cela".
4. l'invité permanent: Xavier Bertrand, Ministre du Travail des Relations Sociales et de la Solidaritéchargé de la mise en oeuvre du "travailler plus"
5. les deux grands témoins : M. Méhaignerie (président de la commission des Affaires sociales) pour la majorité présidentielle et M. Gaetan Gorce (en charge de l'emploi au Parti Socialiste) avec des apports de qualités différentes, pour M.Méhaignerie, des faits, des chiffres, des exemples, pour M. Gorce, plus des positions doctrinales
6. un "expert" pour chaque table ronde, Bernard Van Craynest (président de la CFE-CGC), Geoffroy Roux (chef d'entreprise président de Croissance Plus), Eric Heyer (économiste), une sociologue, apportant chacun un éclairage respectable mais pouvant être sujet à caution et parfois difficilement lisible. Je pense en particulier à la sociologue intervenant sur la souffrance au travail et le stress dont la gestuelle abondante ne compensait pas le flou du message.
7. et puis le juge de paix, le sondage auprès de l'opinion publique sur sa perception à elle du fameux "travailler plus pour gagner plus". Un sondage sans appel:
oui les français sont disposés à travailler plus pour gagner plus
et non ce n'est pas en travaillant moins que l'on gagnera plus.
Finalement la question que l'on se pose sur toute évaluation (et donc sur l'émission) est : a-t-elle été utile? a-t-elle fait progresser la démarche?
Je dirais que l'organisation de l'émission en débats avec la volonté d'y mettre du rythme, de l'intérêt,de l'interaction avec un ministre tenu par sa position avec une posture de défendant, aurait pu nuire à sa qualité.
Il n'en a rien été; ceci étant, chacun est resté sur ses positions de principe, tout le monde demeurant convaincu que c'est la mise en oeuvre de la démarche, plus que son principe, qui fera la preuve de son bien-fondé.
En tous cas, une bonne émission, je suivrai avec plaisir la suivante le mois prochain.
Paul Ohana
Président de la Commission Réforme de l'Etat
Fondation Concorde