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Rédigé à 12:53 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
L'une des causes majeures du divorce ancien des français avec la politique a été l'absence de vocabulaire commun entre les français et leurs gouvernants. Le français moyen, vous et moi, nous raisonnons en terme de salaire net, de dépenses de nourriture, de coût des vacances, d'indemnité de chômage. Les gouvernants eux parlent de produit national brut, du coût de la vie, de flexibilité de l'emploi, de données corrigées des variables saisonnières et je vous en passe et des meilleures... Dialogue impossible donc entre gouvernants et gouvernés par manque d'un vocabulaire commun.
Le débat n'est pas uniquement sémantique, il est politique et démocratique. Car en entretenant des structures telles que l'INSEE qui produisent des batteries de chiffres sans doute utiles à la macro économie, les Pouvoirs Publics donnent l'impression de se désintéresser des préoccupations de la micro économie en un mot de vos préoccupations.
A cela s'ajoute notre méfiance nationale qui nous incite à accuser de manipulation nos honnêtes statisticiens!
C'est cette situation ubuesque que le Président de la République a relevée dans sa conférence de presse du 8 janvier; c'est pourquoi il a demandé à Joseph Stiglitz Prix Nobel d'économie de réfléchir à la mise en place de nouveaux indicateurs, plus parlants, plus proches de la réalité des uns et des autres.
Je ne peux que me réjouir de cette décision qui rejoint un courant de pensée que j'ai eu l'occasion de souligner dans ma note "indicateur de progrès, indicateur de bonheur, du nouveau à l'horizon."
Mais allons plus loin et reprenons quelques pistes de progrès:
1Ne condamnons pas a priori les statistiques; faisons un effort de pédagogie, rendons les plus accessibles et dès le plus jeune âge. Y-a-t-il quelque chose de plus parlant pour un enfant que le caddy du marché de sa mère ou le score de sa dernière partie sur sa console? Comme M. Jourdain, il jongle déjà dans l'univers des statistiques, autant l'aider à les comprendre.
Et puis pourquoi ne pas suivre l'exemple du Professeur Rosling dont le site gapminder vous fait aimer les statistiques .........
2. Et pour revenir à cet indicateur appelé à remplacer le PIB ou l' "indice du coût de la vie" quelques règles pour son futur calcul:
il doit être pertinent, c'est à dire que son contenu doit avoir une définition claire, partagée, traduisant bien la réalité de ce que l'on veut mesurer;
il doit être efficace, c'est à dire qu'il doit être un moteur pour l'action;
il doit être reproductible, fiable dans son mode de calcul avec des données de construction elles-même fiables et accessibles.
et puis il doit permettre les comparaisons,
En tous cas voilà du pain (baguette) sur la planche de cette nouvelle commission à qui on souhaite réussite!
Paul Ohana
Président de la Commission Réforme de l'Etat
Fondation Concorde
Il est effectivement impensable de constater que "500.000" offres d'emploi ne sont pas pourvues alors que nous avons encore plus de 2.000.000 de chômeurs!
Le pourquoi de la chose est multiple:
des dispositions qui ne favorisent pas le retour à l'emploi, complexité des dispositifs, perte des aides sans assurance d'un travail stable, ...
tendance naturelle à vouloir rechercher un travail analogue au précédent, réticence légitime ou pas devant la mobilité. Bref 1000 bonnes et moins bonnes raisons de perpétuer une situation ubuesque.
D'où la volonté du gouvernement de sanctionner les demandeurs d'emploi qui refuseraient deux "offres valables d'emploi" OVE , appelées encore récemment "offre acceptable d'emploi" OAE.
Et là, bonheur, nous voilà retombés dans nos bons vieux débats franco-français, débats de terminologie sans intérêt et surtout en filigrane cette méfiance respective des partenaires qui ont besoin d'un texte (encore un autre!) pour tout réglementer.
Bien sûr nous ne sommes ni les premiers ni les seuls à connaître ce problème et on pourrait s'inspirer des exemples d'autres pays européens...
On pourrait aussi faire appel à une technologie informatique simple et opérationnelle: celle du "matching" ou adéquation entre l'offre et la demande.
Pour cela il suffit de paramétrer les offres et les demandes suivant des critères analogues convenus entre les partenaires sociaux, par exemple, qualification du poste, lieu de travail,niveau de salaire souhaité, ...tous ces critères bien sûr étant définis à l'intérieur de plages. En comparant la base de données des demandes avec la base de données des offres (matching) les propositions remontent immédiatement. Le problème est réglé avec élégance.
Et pour toutes les offres non satisfaites il est possible de faire remonter les causes de non adéquation, niveau insuffisant par exemple et prévoir alors des formations.
A un texte réglementaire, je préfère un outil d'aide au management pour autant qu'il ne se sustitue pas lui aussi au minimum de confiance qui doit s'instaurer entre ANPE-UNEDIC et les demandeurs d'emploi.
En tous cas pour avoir pratiqué la méthode en différents pays, je sais qu'elle marche et permet de réduire le taux d'offres d'emploi non satisfaites.
Paul Ohana
Président de la Commission Réforme de l'Etat
Fondation Concorde
Rédigé à 14:49 dans Management et vie publique | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Pour quelqu'un qui a passé l'essentiel de sa vie de consultant à porter la bonne parole sur les mérites des entretiens d'évaluation, la nouvelle qui vient de tomber a de quoi faire plaisir:
"Nos ministres qui ont reçu,on s'en souvient, des lettres de mission claires assorties d'indicateurs chiffrés vont être évalués sur leur performance à savoir le niveau d'atteinte de leurs objectifs!
La démarche qui va impliquer tout le gouvernement depuis le premier ministre jusqu'aux sous secrétaires d'état est exemplaire car il n'y a pas de plus sûr moyen de la décliner à tous les niveaux. En effet dans nombre d'entreprises et pas des moindres, dans lesquelles j'ai eu l'occasion de mettre en place cette démarche, celle-ci ne s'appliquait pas curieusement au niveau le plus élevé... Dès lors sa déclinaison aux autres niveaux hiérarchiques se trouvait obérée par ce péché originel et compromettait ainsi (partiellement) l'ensemble du dispositif.
Par ailleurs,tous les consultants vous diront qu'on ne peut tout chiffrer et que réduire l'évaluation à la seule atteinte ou non atteinte d'un objectif chiffré est réducteur.
Certes, mais ceci ne saurait condamner le principe des objectifs chiffrés mesurés par des indicateurs pertinents pour au moins deux raisons de bon sens; la première est que, en l'absence d'objectifs chiffrés, on pilote à vue et on ne sait pas où l'on aboutit; la seconde est que, pour peu qu'on en fasse l'effort, tout est pratiquement mesurable y compris des objectifs dits qualitatifs .
Je n'ai donc pas de réserve sur la démarche pour autant que l'environnement dans lequel elle va se dérouler soit propice à sa mise en oeuvre. Et pour cela, quelques précautions :
1.Eviter le risque du jugement sans appel
S'i l'entretien est conçu comme un outil de jugement sans appel pour promouvoir tel ministre ou faire disparaître tel autre, il y a danger!En effet les résultats, atteints ou pas, ont leur importance; mais ce qui en a plus encore c'est la possibilité de savoir pourquoi des objectifs importants pour la nation et acceptés par ledit ministre n'ont pas été atteints. Il faut pouvoir analyser les causes des échecs comme celles des réussites pour lever les blocages structurels et progresser.
2. L'appartenance au "gouvernement".
Un ministre n'est pas seulement chef de son administration. Il est membre d'un gouvernement, une équipe nécessairement soudée et solidaire. Ses objectifs sont ceux de son administration et ceux du gouvernement. Sa participation au Gouvernement ne se limite pas aux réunions du Conseil des Ministres ou du Gouvernement, elle est permanente et à ce titre il a des objectifs de réussite communs qu’il partage avec ses confrères
3. La compréhension et le partage de la démarche.
L'entrée de la performance et de l'évaluation dans le domaine de la sphère publique est une innovation majeure. Pour la faire adopter, la pérenniser il faut l'expliquer, "la mettre en main " de tous les intéressés. Or en dehors des ministres issus des grandes écoles de commerce ou du secteur privé peu de nos personnages politiques en sont familiers.
4. La possibilité de faire des comparaisons objectives et une synthèse.
La démarche ne se limite pas à une succession d'entretiens déconnectés les uns des autres, il faut que le Premier ministre puisse faire des comparaisons objectives, disposer d'un même référentiel, pour voir dans quelle mesure les politiques gouvernementales sont mises en oeuvre par les uns et les autres. C'est la finalité d'outils tels que le Baromètre de l'Evaluation des Politiques Publiques qui permet de débattre autour d’un même référentiel.
5. le besoin d'une certaine continuité de la démarche.
Un objectif politique, surtout s'il est structurel, est rarement atteint en quelques mois. Si d'aventure son titulaire venait à être changé, l'objectif, lui, devrait perdurer.
Enfin, ceci étant, voilà une démarche qui ne dépend ni de Bruxelles ni de Washington mais de nous seulement. A nous de lui donner ses lettres de noblesse et de la faire vivre pour le plus grand bien de nos gouvernants et de leurs administrés.!
Bonsoir et bonne année!
Paul Ohana
Président de la Commission Réforme de l'Etat
Fondation Concorde
PS. Cliquez sur le lien pour écouter l'interview de Paul Ohana sur France Inter sur le thème de l'évaluation ministérielle:
http://www.france-info.com/spip.php?article60004&theme=81&sous_theme=114
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Rédigé à 23:21 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)