Un ministre marocain de mes amis m'avait surpris un jour en disant: "la saleté, il faut qu'on la voie! c'est la seule façon de s'en occuper et de la faire disparaître".
C'est semble-t-il ce qui a été décidé pour la pauvreté; elle est suffisamment visible pour qu'on n'ait pas besoin de la montrer, par contre on va la mesurer et donc montrer ainsi qu'on s'y intéresse.
J'ai eu l'occasion de l'écrire à différentes reprises dans ce blog: la mesure d'un objet est la meilleure démonstration de l'importance qu'on lui accorde. Et donc se décider à mesurer enfin la pauvreté est un acte politique fort qui traduit la volonté de nos politiques de s'attaquer à ce fléau.
Ce qui me préoccupe dans cette démarche, c'est la richesse des indicateurs que l'on va définir et mesurer régulièrement. Pour remplacer ou compléter le seuil de pauvreté fixé à 817 euros par mois en 2005, on va suivre quinze indicateurs principaux et dix huit indicateurs complémentaires parmi lesquels:
"le taux de pauvreté ancré dans le temps" qui mesure l'évolution du nombre de pauvres depuis une année repère,
indicateur qui sera complété par le nombre de logements sociaux non satisfaits,
le taux de travailleurs pauvres,
la proportion de personnes vivant dans un ménage sans actif occupé,
le taux de sortie du système scolaire à faible niveau d'études,
le taux de renoncement aux soins,
l'écart entre la proportion d'adolescents ayant au moins deux dents cariées non soignées selon les catégories sociales
et d'autres !!!
Loin de moi l'idée que ces indicateurs ne sont pas pertinents et que les problèmes qui les sous tendent ne sont pas importants. Ceci étant, il est certain que ces indicateurs feraient pâlir d'envie plus de la moitié de la population mondiale, qu'elle soit chinoise, hindoue ou birmane... On ne parle plus de la même pauvreté, il y a pauvreté absolue et pauvreté relative et je pense qu'on a tort d'utiliser le même terme de pauvreté dans les deux cas. Dans le cas du tiers monde, il s'agit de la misère du monde, dans le cas français à 817 euros/mois, le problème est d'une autre nature...
Le débat n'est pas de pure rhétorique . Il a plusieurs autres éclairages:
au niveau de comparaisons internationales, simplificatrices et réductrices, comme les médias nous en donnent parfois l'exemple, on risque avec nos indicateurs de se trouver rangés parmi les pays pauvres ou en voie d'apauvrissement,
au niveau pédagogique, comment expliquer avec le même vocabulaire ce qu'est être pauvre en France ou au Bangladesh et, enfin, quels leviers a le Haut Commissaire aux Solidarités Actives Martin Hirsch sur tous les indicateurs qu'il s'est engagé à suivre désormais? mesurer sans pouvoir agir c'est s'exposer à la critique injustifiée et à la frustration.
Et pour conclure, rendons hommage à toutes les associations, à tous les hommes de bonne volonté qui veulent scruter la pauvreté dans tous ses méandres pour la réduire bien sûr, mais gardons le sens des réalités, sachons nous concentrer sur l'essentiel, analysons moins et agissons plus!
Paul Ohana
Responsable de la Commission Réforme de l'Etat
Fondation Concorde
Mon Cher Paul
Je suis heureux de recevoir ton blog que je ne connaissais pas.
Qu'est ce la Fondation Concorde ?
Trouve t-on ton livre "Total Customers Management" à la FNAC ?
Mais avant tout comment vas tu ?
Je n'ai pu me rendre à la dernière réunion de VdH. Il n'y vait pas beaucoup de monde parait-il !
Amitiés
Patrice
Rédigé par: Marvanne Patrice | 14 mai 2008 à 08:03