Qu'y a-t-il de commun entre la visite du Pape Benoit XVI en France et la faillite de Lehman Brothers?
La question peut sembler saugrenue; et pourtant à la réflexion les deux évènements ont des points communs caractéristiques du monde dans lequel nous vivons.
Benoit XVI est arrivé dans une France où le matérialisme pur et dur n'a jamais été la solution aux problèmes de notre temps et à un moment où se manifeste de manière confuse et sous des formes inattendues une quête de spiritualité . Les plus engagés ont retrouvé le chemin des temples, des synagogues ou des mosquées; d'autres ont découvert les chemins du boudhisme qui connait, on le sait un très grand essor ; certains laissés à eux-mêmes se sont perdus dans des sectes. D'autres enfin, le français moyen, le citoyen lamda découvre les vertus d'une autre forme de spiritualité, celle de la laîcité positive, une laîcité dont on dessine mal les contours si ce n'est qu'elle revendique et la liberté du culte et sa séparation d'avec la vie publique.
Dans ce panorama en évolution, où vont la chrétienneté et plus particulièrement le monde catholique? D'aucuns attendaient que son chef spirituel apportât à la France et au monde les réponses aux interrogations de l'heure : les questions du remariage, du célibat des prêtres, de l'euthanasie, et d'autres problèmes anciens qui occupent aujourd'hui la "une" éphémère des journaux télévisés.
Et là, à la surprise quasi générale, le Pape n'a pas été dans le sens du vent; il n'a pas dit oui à toutes les demandes même apparemment les plus justifiées. Il a d'abord incité à une introspection, à un retour sur les fondamentaux de la religion catholique pour en souligner tout le message et tout le contenu avant que de procéder à une nouvelle réforme.
Et là, il était dans son rôle, celui d'un chef qui cherche à rassembler en rappelant les valeurs fondamentales qui unissent ceux qui croient . Responsable d'une Eglise, catholique et universelle, il n'a pas voulu prendre le risque de lui faire connaître les aléas dévastateurs que connaissait un autre empire, considéré comme la référence, l'empire de la finance, celui de Lehman Brothers.
Et c'est là que le rapprochement des deux phénomènes est instructif. En effet, la crise financière actuelle est , pour faire simple, l'aboutissement de multiples dérapages à l'intérieur d'un système financier et monétaire laissé en grande partie à lui-même, jusqu'au jour où ses symboles les plus sûrs se sont 'effondrés.
Ce qui est arrivé à Lehman sur le plan financier est ce qui nous guette sur le plan de nos valeurs et de notre spiritualité. L'ennemi majeur , chacun le sait, est celui de l'intérieur.
Et les chefs spirituels de notre temps sont bien dans leur rôle quand ils remettent la spiritualité, une spiritualité bien comprise et non dévoyée, qui réunit et ne sépare pas, au coeur de nos réflexions.
Paul Ohana