J'ai eu l'occasion de vous parler dans le passé de la distance hiérarchique; plus que le colbertisme, la centralisation excessive,l 'autorité sans la responsabilité, c'est l'un des concepts majeurs de l'anti -management. Octave Gélinier ne manquait pas de rappeler dans tous les forums que c'était pour lui le mal absolu dont souffraient les entreprises francaises, car elle était le frein à la communication et donc à toute tentative de faire circuler des idées neuves dans l'entreprise;
Rappelons que la distance hiérarchique est la distance symbolique qui sépare un chef de son collaborateur immédiat et qui fait que le collaborateur ne communiquera pas vraiment à son chef ce qu'il a à lui dire parce qu'il sait que c'est peine perdue, de même que le chef sûr de sa position ne prendra pas la peine de faire partager son point de vue à son collaborateur puisqu'il n'en voit pas l'intérêt.
Cette distance hiérarchique a été mesurée dans le temps et l'espace; dans l'espace la palme revient à l'indonésie pour la distance la plus longue et aux Pays Bas pour la distance la plus courte. Dans le temps, les mesures faites montrent que le temps n'avait pas amélioré les choses et qu'en France en particulier, cette distance s'était allongée et le management détérioré d'autant.
Si je reviens sur ce sujet ce soir c'est parce que je viens de vivre d'une manire caricaturale le phénomne alors même que les protagonistes n'étaient pas conscients du spectacle qu'ils offraient.
La scene se passe au conseil economique et social qui abrite , tenez-vous bien, un colloque sur la nécessité d'une évolution du management public. Visualisez, s'il vous plaît, le décor: un grand podium présidentiel ou siegent les intervenants à la "table ronde". Ces messieurs déversent du haut de leur siege leurs exposes et en debattent doctement entre eux. Et puis, dans le même amphi, aux pieds du podium, vide de ses brillants intervenants, dans la fosse, prennent place cinq intervenants pour "animer un atelier" consacre lui aux echanges avec la salle! chacun est ainsi à sa place, les hauts fonctionnaires en haut et les autres fonctionnaires ou intervenants en bas.
Cette disposition caricaturale était reproduite en fin de journée, lors d'une autre table ronde qui mettait en évidence nombre des progres à accomplir au sein de la fonction publique ; cette fois-ci cinq tres hauts fonctionnaires faisaient descendre la bonne parole vers leur interviewer situe en bas à une distance respectable et respectueuse de ses invites.!!
Est-ce accorder trop d'importance de ma part aux symboles? Je ne le crois pas,
Alors que nous abordons une crise economique et financiere majeure, que croissance et emploi donnent des signes de fatigue, on ne pourra remonter la pente que si tout le monde est sur le pont , que si "l'x corps des ponts" réduit sa superbe à l'egard de "l'x ponts" seulement, que si les classements ephemeres de sortie ne classent pas les gens pour la vie et si enfin l'empathie trouve sa juste place entre les hommes dans la vie civile comme dans la vie publique!
Paul Ohana
Paul Ohana Consultants
Bonjour,
Je crois que votre analyse des symboles est très juste et mériterait un travail de sociologie approfondie... du type « un ethnologue à l'Assemblée » de Marc Abélès.
C'est en cela que les sciences sociales sont essentielles : mettre à nu les ressorts du pouvoir et analyser dans les rituels où se situe le pouvoir qui est bien plus diffus et caché qu’une simple attribution institutionnelle.
Pour compléter votre propos, je m'interroge également sur un colloque destiné à promouvoir un « management public non-technocratique » et composé presque exclusivement de hauts fonctionnaires parisiens…Où sont les universitaires ? les citoyens ? les cadres territoriaux ? Peut-être dans la salle pour apprendre…Le management public est mort ! Vive le nouveau management public !
Bien à vous,
Rédigé par : Nicolas | 20 octobre 2008 à 08:54
Bonjour paul,
une nouvelle "distance" s'installe : le débat public entre élites, entre soi
Ceci est flagrant en France : rare sont les débats publiques ou dans les médias, les échanges entre les hommes et de la "société civile" et les "élites" (hommes politiques, journalistes,haut fonctionnaires, professeurs d'université).
Même l'arrivée d'Internet ne perturbent pas ce jeu. Exemple, au sein d'un parti politique en trois lettres,commençant par un U ;) , des débats sont organisés, avec des thèmes parfois au choix des internautes, mais imposés.
Face aux enjeux présents et futurs, il est essentiel que les entrepreneurs civiques brisent ce tabou : le débat publique ne doit pas être l'exclusivité des quelques élites.
Il faudrait même agir pour les remplacer à très court terme par des hommes et des femmes qui ont plus le sens du bien commun, avec une communication plus humaine, plus tournée vers les autres.
Bien à toi
Julien
Rédigé par : irondelle | 23 octobre 2008 à 04:24