Est-ce parce que nous sommes appelés à vivre de plus en plus "au petit bonheur la chance"?
ou est-ce encore parce que la quête du bonheur est de plus en plus aléatoire ?
pourquoi diable l'INSEE s'est-il lancé dans la construction de la courbe du bonheur des français? Qu'allait-il faire dans cette galère ?
On croyait jusque naguère nos brillants statisticiens, experts dans l'art de mesurer des données objectives, produit intérieur brut, emploi, chômage, toutes sortes d'agrégats et d'indicateurs compris des seuls initiés.Mais voilà, l'Insee est parti du "constat, que les indicateurs qui sont son fonds de commerce étaient remis en cause dans leur capacité à retranscrire le bien-être des individus"Et donc l'Insee n'a pas essyé de définir un nouvel indicateur, mais " d'apporter un complément, un éclairage un peu différent ".
Pour cela l'Insee s'est appuyé sur les réponses à une question posée depuis 1975 dans les enquêtes d'opinion Eurobaromètres : "Dans l'ensemble, êtes-vous satisfaits de la vie que vous menez ?"( ce qui impliquerait que l'on est heureux si l'on est satisfait de la vie que l'on mène).
Avec cette hypothèse dont le bien fondé mériterait à lui seul de longs développements,le "pic" du bonheur se situerait donc entre 65 et 70 ans ce qui pourrait s'expliquer, nous dit l'INSEE indépendamment des effets conjoncturels et de générations, par le fait qu'"à partir de 60 ans, on a révisé ses attentes, acquis de l'expérience et de la sagesse". Après 70 ans, les choses se dégradent du fait de la "perte du conjoint ou d'un proche" ou de "problèmes de santé".
Autre élément remarquable : "La courbe du bonheur n'est pas la courbe du revenu" car lui, est à son maximum vers 45 ans, note encore Vincent Markus de l'INSEE. Ainsi, le revenu "même s'il contribue au bonheur", ne peut pas expliquer à lui seul son évolution.
J'ai eu l'occasion dans mes précédentes notes (Des indicateurs compréhensibles par les français). de vous rendre compte du Congres d'Istambul sur le thème "Le bonheur est-il mesurable?", je vous ai parlé également des travaux du Docteur White , et puis enfin je vous ai entretenus de la création de la Commission Stiglitz nommée par le Président de la République pour travailler sur ce thème. C'est dire si le sujet est actuel
Pourquoi ? parce que la construction d''un indicateur ne présente de l'intérêt que s'il est un guide pour l'action.Quand on arrivera éventuellement à tomber d'accord sur ce qu'est le bonheur et ses composantes, il sera peut-être possible alors d'agir sur celles-ci. On voit donc que l'enjeu dépasse les simples calculs mathématiques pour poser un problème de choix de politique publique.
Or que nous dit doctement l'INSEE? comme Archimède sortant de sa baignoire, l'étude nous apprend donc que la courbe du bonheur atteint son maximum vers 65 ans et qu'elle n'est pas parallèle à la courbe des revenus.d'où ces deux interprétations:
1. si vous avez moins de 65 ans, le bonheur est devant vous, si vous en avez plus il est derrière vous
voilà qui a de quoi réjouir ceux qui n'ont pas encore atteint cet âge canonique et de désespérer ceux qui viennent de le dépasser!
2. on vous l'a toujours dit, l'argent ne fait pas le bonheur; cqfd!!!
autant dire que l'INSEE n'a pas beaucoup contribué au débat sur le bonheur.
Il est vrai que la mesure du bonheur est un vrai sujet.Quelle est la définition du bonheur? quels sont ses ingrédients ? (santé, revenu, loisir, satisfaction au travail, autres...)?quelle est la part de chacun d'eux ? tous sont-ils indispensables: "un seul être vous manque et tout est dépeuplé"...ou sont-ils suivant la pyramide de Maslow successifs dans nos besoins?. (On se rappelle que la pyramide de Maslow, un outil classique de description des comportements humains , met en évidence le fait que nos besoins sont hiérarchisés, depuis le plus élémentaire besoin,celui de sécurité jusqu'au besoin d'épanouissement personnel et que sitôt qu'un besoin n'est plus satisfait, il devient prioritaire),ces ingrédients sont-ils universels? ces ingrédients sont-ils mesurables? sont-ils dépendants de nous, de notre environnement, ou sont-ils le fait de la nature, (climat,..). Voilà je pense des questions sur lesquelles avec d'autres doit travailler la Commission Siglitz .
Mais dans l'intervalle, l'INSEE aurait pu me poser la question suivante: "globalement, êtes-vous plus heureux aujourd'hui qu'hier"? Et moi qui ai dépassé le pic des 65 ans, j'aurais répondu Oui sans hésitation. Pourquoi ? tout simplement parce qu'hier mes enfants m'ont fait un cadeau où il y avait marqué:" le bonheur c'est de t'avoir pour père".
Bonne soirée
Paul Ohana
Responsable Commission Réforme de l'Etat
Fondation Concorde
http://paulohana.typepad.com
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