Il semble que nos Parlementaires ne sachent pas quoi faire de leur récente victoire. Après s'être battus pour obtenir lors de la réforme de la Constitution le droit (et l'obligation) d'évaluer les politiques publiques, ils prennent conscience de la charge de travail nouvelle qu'ils vont devoir assumer alors qu'ils disposent déjà de peu de temps pour remplir leurs obligations actuelles.
Dans un article futuriste , Jacques Attali écrivait récemment que les denrées les plus rares et les plus chères des prochaines 50 années seront les organes humains, qui greffés, permettant de prolonger la vie. C'est probable: sans coeur, sans rein , on n'existe plus, très vite ... Mais pour moi, le produit le plus rare restera le temps, non pas un temps physique, en effet nous disposerions de 5, 10, 20 ans de vie de plus, ce temps physique serait médiocre s'il était seulement un temps de survie ou de vie végétative; non ce qui me paraît important , c'est de vivre pleinement son temps de vie actuel et de pouvoir vivre pleinement également ce temps de vie additionnel dont la médecine du quatrième âge nous gratifie régulièrement.
On ne dira jamais assez que le temps c'est la vie et c'est ce que nous avons de plus rare et de plus précieux. Dans tout ce qui a été écrit sur le temps, j'ai retenu ce passage de Zadig: Le grand sage posa tout d'abord cette question:"quelle est de toutes les choses du monde la plus longue et la plus courte, la plus prompte et la plus lente,la plus divisible et la plus étendue,la plus négligée et la plus regrettée,sans qui rien ne peut se faire et qui vivifie tout ce qui est grand?"
zadig répondit que c'était le temps: "rien n'est plus long , ajouta-t-il puisqu'il est la mesure de l'éternité; rien n'est plus court puisqu'il manque à tous nos projets;rien n'est plus lent pour qui attend;rien de plus rapide pour qui jouit;il s'étend jusqu'à l'infini en grand; il se divise jusqu'à l'infini en petit, tous les hommes le négligent, tous en regrettent la perte; rien ne se fait sans lui;il fait oublier ce qui est indigne de la postérité et il immortalise les grandes choses."
Mais revenons à nos Parlementaires, leur victoire deviendrait une victoire à la Pyrrhus s'ils avaient la prétention d'ajouter arithmétiquement la nouvelle responsabilité de l'évaluation à leurs responsabilités multiples et variées actuelles.
En demandant à inscrire l'évaluation à l'ordre du jour régulier du Parlement, et dans la mesure où ils considèrent à juste titre que cela va être l'une de leurs responsabilités majeures, il va falloir pour chacun d'entre eux, pour le travail en Commission et pour les séances plénières, trouver le temps nécessaire sans pour autant retarder le travail d'un gouvernement appelé à gérer des problèmes de plus en plus complexes. C'est une vraie rupture qu'il faut introduire dans la vie parlementaire; une rupture qui passe impérativement par deux décisions:
celle d'optimiser vraiment son temps de député, en travaillant autrement
et celle essentielle aussi de renoncer à d'autres activités, ce qui pose bien sûr la question du cumul des mandats.
Voilà un chantier prochain qui devrait réunir les hommes de tous les bords et nous redonner le respect et le goût de la vie publique.Mais hélas, les débats qui s'annoncent ne semblent pas emprunts de la sérénité et la créativité qu'on serait en droit d'attendre...
Bien à vous
Paul Ohana
Président Commission Réforme de l'Etat
Fondation Concorde
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