Décidément liberté, égalité, diversité sont des symboles de la République très sollicités par les temps présents: on se rappelle (voir ma note "parlons diversité") que lors d'une réunion particulièrement animée de Génération France, Jean-François Copé avait osé focaliser l'approche de la diversité autour de la question: faut-il instaurer des quotas? Le 24 Janvier dans la rubrique Débats du Journal Le Monde, Monsieur Yazid Sabeg, présent à cette réunion et devenu depuis "Commissaire à la diversité et à l'égalité des chances" répond d'une manière catégorique: la réponse est claire et unique: c'est non.
Nous voilà donc fixés sur ce point clé, satisfaits pour d'aucuns par cette précision, déçus, pour d'autres dont nous; pourquoi le quota cet outil efficace,qui commence à faire ses preuves en matière d'handicap, de parité ou de zones d'enseignement prioritaire, est-il écarté aussi rapidement du débat? Serait-ce que la question de la diversité soit moins importante que celle de la parité, ou du handicap? Est-ce que, pour citer M.Sabeg, nous ne serions pas encore arrivés à des situations d'extrême rélégation, de blocage avéré de la mobilité sociale (qui nous permettrait) de nous affranchir du droit commun et mettre en place des mesures d'exception?
Essayons de voir clair dans une situation où les notions de diversité et de discimination, d'égalité réelle et d'équité, se percutent et se confondent dans un climat passionnel, et où sous couvert d'absence d'analyse statistique, on voudrait s'abstenir d'analyse politique tout en se réclamant du respect de textes obscurs.
- Premier constat: l'image de la "population française" des années 2.000 n'est plus la même que celle des années 1950 et a fortiori 1900. Que l'on soit dans la rue, dans le métro, en entreprise, à la Poste ou à Roissy, le visage de la rue est divers avec des hommes et des femmes de toutes origines, de tous accents.C'est un constat qualitatif, ce n'est pas le résultat d'une étude statistique avec des chiffres à quatre décimales après la virgule dont l'INSEE a le secret. Mais c'est un fait qui saute aux yeux
- Deuxième constat: quand nos banlieues s'enflamment, les jeunes que l'on voit manifester, ces jeunes que l'on interviewe à la télé, que l'on croise aux pieds des tours de la Courneuve ou de Saint Denis, ces jeunes n'ont pas le même profil qu'un fils de paysan de la Creuse ou d'un lycéen de Passy Auteuil. Là aussi, pas de chiffres, peut être pas d'études sociologiques exhaustives, mais là aussi des constats évidents .
- Troisième constat : indépendamment de l'accueil généreux des réfugiés politiques, la France a été de tous temps une terre d'immigration importante, à partir de pays européens tout d'abord, italiens, polonais,nord africains ensuite, algériens et marocains en majorité, aficains du centre et du sud, ensuite gabonais, sénégalais, nigériens,..en provenance des anciennes colonies et puis depuis peu à partir des autres pays de l'Union Européenne. Certains sont venus pour rester en France, d'autres pour rejoindre leur famille, d'aucuns pour repartir dans leur pays d'origine. Mais le constat est là, nombre d'entre eux sont restés en France et y sont pour la deuxième génération, souvent pour la troisième . Ils sont donc juridiquement français au même titre que vous et moi.
C'est cet ensemble qui fait la population française dans sa diversité. De ces trois évidences, pourtant non partagées, comment passe-t-on à la lutte contre la discrimination (confiée à la haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE) ) et à la promotion de l'égalité des chances, confiée au nouveau Commissariat à la diversité et à l'égalité des chances?
C'est parce que semble-t-il on retrouve dans les banlieues (en période de calme ou de trouble) des jeunes qui ont été discriminés et qui n'ont pas eu les mêmes chances que les autres.
CQFD et la boucle est bouclée.
Est-ce que cette analyse est complétement exacte? la situation actuelle n'est-elle pas polluée par des facteurs exogènes? les historiens et les sociologues nous le diront dans quelques années. Mais le pouvoir politique ne peut attendre des délais si longs. Goethe disait: je préfère une injustice qu'un désordre. Evitons donc le désordre au prix d'une éventuelle injustice.
Assumons pleinement politiquement notre raisonnement: luttons contre les exclusions et rétablissons cette égalité des chances théorique et idéale en donnant à tous les exclus le supplément de chances qui les mettra au même niveau que les Français de "souche".
Ce supplément de chances égalisateur s'appelle-t-il quotas ? pourquoi pas
Mais il ne saurait suffire, ce chantier ne pourra montrer des résultats tangibles que si l'ensemble de la nation accepte comme un fait irréversible que notre population est diverse et que si cette "diversité" est mise en condition de contribuer socialement, politiquement, économiquement au développement du pays plutôt que de poursuivre sa marginalisation.
Partout où ces deux conditions ont été mises en oeuvre, les résultats ont été au rendez-vous.
Alors n'attendons pas une autre batterie d'indicateurs objectifs, utiles sans aucun doute mais en aucun cas prioritaires, et à l'image de Sciences Po multiplions les chantiers universitaires innovants, expérimentons puis déployons ensuite à travers la France, faisons de cette diversité constatée une diversité acceptée, assumée, valorisée.
La France, les français, les anciens comme les nouveaux ont tous tout à y gagner.
Paul Ohana
Président de la Commission Réforme de l'Etat
Fondation Concorde
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