Nous avons été quelques uns à oeuvrer pour donner à l'évaluation parlementaire des politiques publiques une reconnaissance institutionnelle; il ne paraissait pas normal que dans notre pays une fonction aussi importante que l'évaluation des lois ne soit pas exercée par le Parlement et que celui-ci ne soit pas équipé pour le faire. La récente réforme constitutionnelle a en grande partie pallié ce vide juridique, sur le plan du principe, tout au moins. Sur le plan pratique, restera à voir comment le Parlement va exercer cette prérogative qui vent de lui être confiée.
Or, au moment même où le mot évaluation, sans être explicitement défini, faisait son entrée dans la Constitution, , ce même mot provoquait la descente dans la rue de cohortes d'enseignants- chercheurs.
Pour comprendre le pourquoi de cette levée de boucliers et en "évaluer" le bien fondé ou pas , essayons d'être un peu didactiques.
Qu'est-ce qu'une évaluation individuelle? c'est une procédure engagée par une organisation suivant un formalisme défini et transparent ayant pour but de faire un point d'étape dans le cadre d'une démarche de progrès individuelle et collective.
Dans le monde de l'entreprise, cette démarche prend le plus souvent la forme d'un entretien entre un manager et ses collaborateurs, entretien préparé, structuré, qui fait le point de l'atteinte des objectifs de la période écoulée, analyse le pourquoi de leur atteinte ou de leur non atteinte, prend des dispositions pour leur réussite future et en tire les conséquences au niveau individuel et collectif. Introduit depuis plus de quarante ans maintenant dans la plupart des entreprises, cet entretien quand il est bien pratiqué, est considéré comme l'outil le plus noble du manager. Il est en particulier accepté par le personnel qui y voit une occasion privilégiée d'être reconnu par sa hiérarchie. Ceci est tellement vrai que lors d'entretiens de recrutement j'ai vu des candidats demander explicitement si ce type d'entretien était pratiqué ici, car il était pour eux la garantie que l'entreprise dans laquelle ils postulaient ne les oublierait pas et les évaluerait régulièrement.
Devant ses mérites,la démarche a été étendue depuis peu à la fonction publique et Valérie Pécresse a souhaité la mettre en place dans les Universités. Mais là, lever de boucliers!!! manifestations de rues !!! pourquoi?
Une première cause vient de l'ambiguité dans la définition de la cible visée: il s'agit du corps enseignant univesitaire, appelé, depuis 1984 je crois "enseignants chercheurs" pour reconnaître le fait que leur fonction était de diffuser le savoir en toute liberté, mais aussi de faire progresser leur domaine d'expertise, là aussi en toute liberté et enfin de répartir leur temps entre ces deux fonctions encore une fois en toute liberté. Donc une triple liberté, la classique l'universitaire, puis celle du domaine de recherche et enfin celle du temps consacré à chacune de ces activités.
La deuxième cause résulte de notre culture, c'est la crainte que l'évaluation ne remette en question ce triple espace de libertés consacré par les anciens usages et ne se transforme en un contrôle administratif tâtillon..
Aussi pour essayer d'apporter une contribution concrète à ce débat mal engagé rappelons que:
1. la finalité de la démarche d'évaluation est de faire progresser individuellement chacun de nos enseignants dans le cadre de l' Université à laquelle il appartient
2. l'évaluation n'interfère pas avec la liberté de l'enseignant ni avec son domaine de recherche; mais s'agissant de celui-ci elle peut être une occasion formelle de faire un point à son sujet, de conseiller et de donner des appuis
3. l'ensemble de la démarche doit être transparent et formalisé dans une Charte qu'il est de bon ton de préparer en accord avec les intéressés pour autant que le principe de l'évaluation lui-même ne soit pas remis en cause.
Paul Ohana
Président de la Commission Réforme de l'Etat
Fondation Concorde
L'"ambiguité" est en effet un défaut absolu de cette réforme. Les procédures d'évaluation ne peuvent être les mêmes pour les "sciences dures" (mathématiques, physique, biologie, astronomie...) et les "sciences molles" (histoire, philosophie, sociologie...). MLL
Rédigé par : Michel Louis Lévy | 20 février 2009 à 09:10
Le tableau idéal de l'évaluation en entreprise brossé par Paul ne s'avère, hélas, pas toujours exact. J'ai travaillé dans une entreprise française où l'évaluation était attendue dans l'angoisse et redoutée par plus d'un car ils (et elles) en sortaient démoralisés, "cassés", voire en larmes.... alors que leurs prestations étaient honnêtes et qu'ils (elles) ne faisaient en aucun cas l'objet d'un licenciement ! Il y a toujours le risque de favoriser les "chouchous" et pénaliser les autres.... notamment au niveau de la PRIME qui accompagnait cette évaluation. GROS RISQUES: QUI évalue ? et selon QUELS CRITERES ?....
Salutations
Monique
Rédigé par : monique.chambers@orange.fr | 20 février 2009 à 12:18