Dans un récent opuscule , le philosophe et croyant Maurice Bellet entamait son propos par cette interpellation surprenante et pourtant ô combien vraie : Dieu on ne l'a jamais vu!
Dans un autre opuscule à grand succès dont nos amis américains ont le secret, un des gourous en management écrivait en conclusion: "la qualité, elle est là quand vous la voyez "
Qu'en est-il maintenant de la diversité, l'avez-vous vue?
Que l'on me pardonne ces rapprochements entre des concepts qui semblent tellement éloignés les uns des autres, et pourtant , croyez-moi , ils ont plus d'un point commun.
Le premier est la difficulté d'en parler.
Pour parler de Dieu, les croyants ont essayé de le définir par ses attributs: éternel, miséricordieux, magnanime,... mais chaque fois ils ont pris conscience de la difficulté de l'exercice, et de l'impossibilité de contenir dans notre vocabulaire humain ce qui est du domaine du transcendant. Alos Maurice Bellet nous propose une approche originale, "si on n'a pas vu Dieu, on peut toujours parler de la relation que l'on a à lui."
La qualité, ce concept apparemment incontournable du management moderne a connu des difficultés analogues. Impossible d'en donner une définition simple, universelle. Alors on lui a accollé des attributs, elle a été tour à tour qualité des processus, qualité des produits, qualité de la relation, avant de se draper du titre de qualité totale. Ici aussi, les définitions se sont multipliées et concurrencées; passant de la réponse aux attentes du client, à celle des attentes du personnel, puis plus récemment à celle des attentes des actionnaires pour enfin intégrer aussi la réponse aux attentes de l'environnement physique et social.
Et devant l'impossibilité d'une définition commune, consensuelle, comme on les souhaite aujourd'hui, tout un chacun a choisi de se doter de la définition qui correspondait le mieux à sa culture. Jusqu'à l'arrivée des qualiticiens normateurs qui allaient mettre tout le monde d'accord. Mais nous y reviendrons...
Et la diversité maintenant dans tout cela? Comment la définir?
Le Grand Larousse la définit comme "le caractère de ce qui est divers (bien sûr!), varié, différent" .
Mais toujours cette même ambiguité: c'est quoi la diversité ? c'est un constat? constat de quoi? est-ce une volonté, une valeur? comme la liberté, l'égalité ...?
C'est en tous cas une "réalité" importante à telle enseigne que la France vient de se doter d'un Commissaire à la diversité et à l'égalité des chances.
Alors, allons sur le terrain: visitons ces fameuses "banlieues à problèmes", là, point de diversité, les populations sont en très grande majorité des jeunes , en général immigrés de la deuxième ou la troisième génération, souvent des minorités dites visibles ...
Visitons maintenant par exemple nos institutions parlementaires, là aussi point de diversité, mais une représentation culturellement et socialement homogène qui à des nuances près aurait pu représenter la France de la troisième République!.. Très peu de rapports bien sûr avec la France des banlieues.
Alors de quoi parlons-nous? il s'agit , si nous avons bien compris le message, de faire ce double constat factuel , à savoir que la France est aujourd'hui diverse dans la composition de sa population et (quasi) monolithique dans sa représentation économique et politique.
Et si vous considérez que cet écart n'est pas sain, qu'il est porteur d'injustice et qu'il est le ferment de problèmes majeurs, vous concluerez qu'il est urgent que tous les français aient des chances égales de réussite.
Voilà mon constat, mon analyse. Je pensais dans ma grande candeur qu'il était partagé.
Que nenni!!!
Non encore convaincus du "pourquoi changer ?" , le "comment changer ?" est renvoyé aux calendes grecques.
Mais à l'image des deux analogies que nous nous sommes permises, il nous faudra impérativement nous confronter à la diversité et faire qu'elle soit , non pas un sujet de conflit additionnel entre nous mais une chance pour notre pays .
Bonsoir
Paul Ohana
Président de la Commission Réforme de l'Etat
Fondation Concorde
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