La grève originellement sensée être l'arme ultime, celle à utiliser en dernier ressort est devenue désormais un outil de pression antérieur même à tout conflit. Et voilà maintenant,que la grève ne suffit plus et qu'elle s'accompagne de la séquestration de cadres dirigeants.
Le caractère inhabituel de cette démarche et sa dramatisation par des médias en quête de sensationnel ont été la marque d'une détérioration nouvelle du climat social français ressentie autant en France qu'à l'étranger. (Eh oui, l'image est désormais mondiale et immédiate et il suffit d'une image pour mettre à zéro des années d'efforts de prospection internationale).
Il ne s'agit pas ici de distribuer des notes ou de stigmatiser le comportement de tel ou tel groupe.
Mais force est de constater que dans de nombreux endroits le dialogue social est en panne.
Ce fameux modèle social, auquel nous tenons tous tant, même si nous ne réalisons pas toujors ce qu'il nous coûte , est en panne dans son volet majeur, celui de la négociation entre les partenaires.
Patronat comme syndicats et coordinations diverses ont semble-t-il choisi implicitement le parti de l'affrontement, celui de la confrontation plutôt que celui de la voie sage et utopique d'une négociation mature entre partenaires conscients de ce qui se fait et ne se fait pas.
En effet, couper le courant à un hôpital cela ne se fait pas, de même qu'augmenter indûment des salaires de dirigeants dans une entreprise en crise , cela ne se fait pas non plus.
Alors, faudra-t-il encore légiférer ou attendre la sortie d'un code d'éthique laborieux ? Je ne sais .
Mais dans les deux cas, il faut des dispositions qui devront s'appliquer à tous les partenaires sociaux.
Est-ce que cela suffira pour réconcilier l'entreprise avec ses hommes et les hommes avec leur entreprise? ce n'est pas certain, car le vrai dialogue n'est pas par medias interposés. Il est sur le terrain, , entre des interlocuteurs partenaires, même s'ils ne sont pas encore suffisamment conscients de leur interdépendance.
C'est là tout l'enjeu
car "s'il est vrai qu'il n'est de richesse que d'hommes",
il est aussi vrai qu''il n'est de création de richesse qu' en entreprise"
Bonne soirée
Paul Ohana
Président de la Commission Réforme de l'Etat
Fondation Concorde