Connaissez-vous Laocoon ? C’est à lui qu’on attribue cette phrase célèbre : timeo danaos et dona ferantes, ce qui veut dire en bon français : je redoute les grecs surtout quand ils vous font des cadeaux, phrase prononcée pour convaincre les Troyens de refuser le cadeau empoisonné qu’était le cheval de Troie. Le malheureux Laocoon paya de sa vie le fait d'avoir vu juste et les Troyens de la leur celui d'avoir accepté le cheval piège des Athéniens Cette sculpture, restaurée par Michel Ange figure au musée Pio Clementino du Vatican , nous l’avons choisie avec Olivier Babeau comme page de couverture de notre ouvrage « les échecs du consultant , les comprendre, les réduire» aux Editions Eska. un ouvrage que je vous incite vivement à lire
Maintenant que vous connaissez Laocoon, quel rapport , direz-vous, a-t-il avec la diversité ?
c’est tout simplement qu'il n'y a pas plus grand échec pour un consultant que de ne pas enlever la conviction de son client ! Pendant que sa voix crie danns le désert, le consultant s’époumone à proclamer la levée d’orages non désirés, et rien n’y fait : le cours des choses reste le plus fort validant les travaux de Christian Morel dans son ouvrage « les décisions absurdes », ou la démonstration d'Edgar Poe dans sa nouvelle bien connue la lettre volée.
Voilà au crédit du consultant ; mais à son débit quelle longue liste de maladresses et de méconnaissance du contexte. Pourquoi dans un domaine aussi sensible que la diversité, avoir détourné le débat de son analyse politique pour en faire un faux débat sur les statistiques ethniques. « Plus démocrate et plus républicain que moi tu meurs ! » Et voilà des personnages aussi profondément républicains, à la sensibilité épidermique justifiée et bien connue sur les questions de discrimination que le Président de la Licra, Patrick Gaubert, ou la Secrétaire d’Etat à l'habitat Fadela Amara, enfourcher le cheval contre la constitution des fichiers, contre la création de communautés statistiques, ce qui permettrait nous dit la Présidente de « ni putes ni soumises » de « savoir combien de juifs il y a dans les medias ». Bref, avant d’avoir été défini, proposé, mis en place, l’hypothétique système de mesure très controversé est déjà stigmatisé, condamné.
Il est vrai que le Président Héran de la Commission nouvellement installée pour la mesure de la diversité n’a pas manqué de nous inquiéter. En effet, s’exprimant à ce sujet dans le Monde, il nous dit que Un usage raisonné des statistiques ethniques peut permettre d’expliquer les inégalités…. et donc de mesurer, pensons-nous, tous ces indicateurs avec trois décimales après la virgule !…
Comme ce malheureux Laocoon, répétons encore, même si nous ne devions pas être entendus, qu’une nouvelle approche statistique controversée n’est pas la meilleure façon d’aborder la diversité:
- En effet des études et des manifestations sociales surabondantes ont montré de longue date qu’il existe une fracture sociale entre français noirs et français blancs, entre français de proche origine maghrébine et français d’origine plus lointaine, entre français des banlieues et français des campagnes…De nombreuses études existent qui peuvent être exploitées pour appréhender la dimension de la diversité
- Par ailleurs rappelons qu'il n’y a aucun intérêt à construire de nouveaux indicateurs sophistiqués ; ils ne constituent pas une fin en soi ; ils n’ont de sens que s’ils peuvent éclairer l’action
Depuis peu, le Président de la République en tête, a souhaité aborder ce problème pour le résoudre non pour le compliquer.
La solution ne doit pas consister à lancer un nouveau recensement statistique, complet, exhaustif comme on n’en fait plus au demeurant. Ces recensements ont fait le bonheur des statisticiens ; ils s’y sont complus pendant que la situation sur le terrain continuait à se détériorer ! Il ne s’agit pas non plus de mettre tous les français dans des cases (comme celles de l’oncle Tom).
Non, ce que nous attendons de nos experts, c’est une exploitation intelligente de notre patrimoine statistique, en parfait accord avec la CNIL, non pas pour mesurer au millimètre près un phénomène; ce que nous attendons c'est des propositions politiques concrètes, pour mieux appréhender l’inégalité des chances et très accessoirement pour punir ceux qui la pratiquent.
L’enjeu est trop important pour qu’il soit détourné de sa finalité au profit d'un débat stérile., la brèche sociale deviendra plus béante encore pendant que l'on débattra du ressenti de tel ou tel indicateur.
Alors, que tous les hommes et femmes de bonne volonté, engagés dans ce combat, les Yazid Sabeg, Fadela Amara, Lois Schweitzer, Patrick Gaubert, Eric Besson, Brice Hortefeux sans oublier toutes les associations rangées derrière la bannière de l’égalité des chances, remisent le couteau inapproprié et non pertinent du recensement ethnique pour se focaliser sur des projets dont on ne peut plus différer la mise en œuvre.
Paul Ohana
Président de la Commission Réforme de l’Etat
Fondation Concorde
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