Décidément nos journalistes sont intarissables quand il s’agit de décrire la misère du monde.
Après les sans-abris, les sdf, les sans domicile fixe, puis les sans-papiers, voilà une nouvelle catégorie sociale qui fait maintenant la une de la presse: les sans-diplômes.
De quoi s’agit-il? tous les ans 120.000 jeunes quittent l’école les “mains vides” et vont donc augmenter la cohorte des jeunes marginalisés.
Le constat est certes inquiétant et notre système scolaire ne peut délibérément laisser une catégorie sociale de cette importance sur le bord du chemin.
Ceci étant, j’aimerais analyser ce chiffre avec un éclairage autre que celui de la mauvaise conscience culpabilisante.
Sur un système français qui gère chaque année 12.000.000 d’élèves, un taux d’échec de 1% doit-il être considéré comme excessif ? Seule une comparaison avec des systèmes scolaires analogues au notre, pourrait nous éclairer. En tout état de cause, même si l’ambition affichée est d’avoir comme dans une démarche de qualité totale zéro échec, on sait que celle-ci n’est jamais réalisée même dans des univers aussi sophistiqués que celui de l'aviation ou de l’envoi d’une navette spatiale.
Mais plus que sur le volet quantitatif, c’est sur la notion de formation diplômante qui pollue notre système éducatif que je voudrais revenir. En effet le diplôme est sensé attester du niveau de connaissances et de compétences acquises par une personne à un instant donné et son obtention associée à l'accès à l’ emploi. Depuis que ce n’est plus le cas, la frustration des diplômés n'en est que lus grande. Les jeunes ont l’impression d’avoir fait leur part du contrat social, ils ont eu leur diplôme, c’est à la société maintenant de leur fournir un emploi à la hauteur du parchemin qu’ils ont décroché.
Ceci m’amène à deux autres considérations, caractéristiques plus spécialement de notre beau pays.
Le diplôme étant le sésame de l’emploi, son obtention est devenue une fin en soi, on ne recherche pas le diplôme pour son "contenu"; ce qui est recherché c’est le paraître, c’est à dire le parchemin en tant que tel, pour la traduction qu'il apporte d’une forme de réussite sociale et pour la porte qu’il ouvre à de multiples droits, dont bien sûr celui du droit à l’emploi.
La seconde considération est le caractère indélébile de la hiérarchie sociale associée au diplôme. Il suffit qu’en 1980, vous ayez eu le mérite d’intégrer l’X dans les premiers (ce qui est tout à votre honneur) pour que 20 ans, 30 ans après cette auréole soit encore au dessus de votre tête et vous ouvre les portes des postes les plus prestigieux. Or avec l’évolution spectaculaire des sciences et techniques, toutes connaissances acquises à un instant donné sont très vite obsolètes si elles ne sont pas actualisées . Le diplôme qui vous a permis d'avoir votre premier poste n'est pas le gage de votre expérience , dix, vingt ans après. Et pourtant c'est son auréole qui continuera à vous éclairer.
Pour conclure, je voudrais exprimer mon inquiétude sur le maintien d’un système basé sur la hiérarchie par le diplôme.
Je prétends que ce qui est important aujourd’hui, ce ne sont pas les connaissances éphémères que l’on acquiert à un instant donné, ce sont les aptitudes à apprendre et à exploiter l’information abondante et disponible qui nous entoure.
Et, ce qui est plus important encore que les connaissances, ce sont les dispositions personnelles, le comportement de l’individu , son rapport au travail, ses valeurs qui feront de lui le partenaire, le collaborateur recherché.
et enfin, si ce même individu sait apprendre de ses échecs et valoriser véritablement les acquis de l’expérience, alors, il pourra suivra l’exemple des Marcel Bleustein Blanchet et autres Varsanno et Sylvain Floirat, qui tous trois sans diplôme ont su construire des empires.
Paul Ohana
Président de la Commission Réforme de l’Etat
Fondation Concorde
Bonjour Paul,
je te rejoins dans ton analyse : en France nous vivons et nous mourrons avec le diplôme que nous avons passé à l'âge de 20 ans.
Premier constat : lentement notre système de méritocratie républicaine est passé à un système aristocratique, où les jeux sont faits et certains finissent en échec scolaire et professionnel.
L'ensemble des diplômés des grandes écoles françaises proviennent de 200 maternelles en France, en général dans des zones géographiques favorisées.
Deuxième constat : aucune information n'est diffusée aux étudiants et à leur parents sur les systèmes d'entrée et d'évaluation des grandes sociétés, multinationales ou administrations.
Il existe un classement au niveau des ressources humaines des grands groupes : grandes écoles, universités, IUT, BTS.
Le salaire d'embauche, les responsabilités confiées et l'évolution de carrière détermine en grande partie l'avenir professionnel d'homme et de de femmes en France, mais aussi dans d'autres pays comme les Etats Unis.
La grande différence en France par rapport à d'autre pays, c'est que la formation continue et les possibilités de passer un diplôme est limitée à des cadres, avec un vrai parcours de combattant pour le financer.
Que proposes-tu pour que nos élus changent radicalement la donne ?
Amitiés
Julien
Rédigé par : Julien Irondelle | 08 août 2009 à 09:39
Mon cher Julien,
Je n'ai pas de solution miracle en particulier parce que le systeme en place s'auto entretient et personne ne veut se faire hara kiri pour le modifier.
Neanmoins la piste de reflexion que je propose est de passer d'une gestion par les diplomes à une gestion par les comptences, d'un cote les competences acquises dans sa vie (y compris par un diplome) et en face les competences requises pour une fonction donnee.
On ne parlerait plus diplome dans un entretien, de meme q'on est suppose ne plus parler religion, sexe ou conviction politique.
Ainsi, si tous les postes etaient tenus par ceux qui ont la competence pour et s'il y avait dans l'entreprise des postes correspondant aux competences existantes, cela resoudrait le probleme l'importance excessive prise par le diplome et changerait sans aucun doute le visage de notre environnement.
C'est ce raisonnement qui avait été a l'origine d'un tres beau projet lance en son temps par Jean Bergougnoux Directeur général d'EDF : le Projet Personnel Personnalisé.
bien à toi
paul
Rédigé par : paul ohana | 11 août 2009 à 23:46