Michel Rocard a eu l'occasion lors de la dernière Université d'été du Medef de montrer qu'il connaissait ses dossiers. Il en a fait la démonstration brillante à l'occasion de sa présentation structurée, méthodique, implacable des différentes crises que nous vivons actuellement tout en les confondant allègrement.
En effet, nous dit -il , nous vivons non pas une crise mais plusieurs crises. Leur caracéristique commune est leur simultanéité; certes, mais ayant des causalités distinctes , elles sont indépendantes les unes des autres, même si, comme c'est le cas, leurs effets sont cumulatifs. C'est pourquoi, si nous voulons leur trouver ensemble des solutions encore faut-il que nous puissions avoir un diagnostic partagé.
Nous vivons une crise financière qui a failli mettre par terre l'ensemble du système financier mondial, cette crise dont on se plait à rappeler qu'elle a été générée aux USA a eu comme détonateur/catalyseur la crise des subprimes , comme accélérateur le comportement irresponsable des salles de marchés, des banques et de leurs traders, et comme première victime expiatoire, la Banque Lehman Brothers.
Seconde crise,économique celle là, la baisse de l'activité économique, celle de la demande puis celle des investissements entraînant des fermetures d'usines, des restructurations et des licenciements d'où une crise de l'emploi et une crise sociale, une crise qui a trouvé son illustration dramatique dans la crise de l'automobile à travers le monde.
Si l'on peut trouver un lien entre le financier, l'économique et le social, les autres crises ont moins de rapports entre elles.
Il s'agit d'abord de la crise due au réchauffement climatique et aux gaz à effet de serre: des problèmes connus et abordés de longue date qui ont trouvé leur point d'orgue dans le traité dit de Kyoto, un traité parfois non ratifié et souvent non respecté. Cette crise sera évoquée à nouveau en décembre lors du prochain sommet de Copenhague .
L'autre crise, indépendante des précédentes, est celle du fameux pic pétrolier, cette date à laquelle la consommation d'énergie fossile dépassera les réserves prouvées de pétrole , date à laquelle l'appel aux énergies renouvelables et probablement la baisse en valeur absolue de la consommation d'énergie deviendront incontournables.
Autre crise, d'une nature différente celle là, la prolifération nucléaire, les questions de sécurité et le problème iranien.
Comme on le voit nous vivons simultanément des crises dont la caractéristique commune est la dimension mondiale de leurs effets et des solutions à trouver.
Cette caractéristique ne nous dispense pas, bien au contraire, d'avoir des idées, de rechercher des approches nationales, et de prendre des initiatives sur le plan international.
"Donnez moi un point d'appui et je soulèverai le monde" disait Archimède.
Et bien, ce point d'appui pourrait bien être,d'abord un diagnostic enfin partagé par tous, d'abord en France et puis, pourquoi pas, par le reste du monde.
Merci en tous cas à l'Université d'été du Medef d'avoir abordé ces sujets de fond. Et si ceux-ci ne montrent pas les temps nouveaux comme des lendemains qui chantent, ils ont le mérite à tout le moins de nous mettre tous devant nos responsabilités.
Paul Ohana
Président de la Commission réforme de l'Etat
Commission Concorde
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