Le changement est partout, dans les modes de production, dans les modes de transport, dans les modes de communiquer, dans les marchés, dans les institutions, dans les textes,dans les rapports sociaux...Il est là, facteur exogène qui s'impose à nous et nous oblige à nous adapter, nous, nos outils de travail et notre mode de pensée.
Mais, parce qu'il est plus souvent subi que voulu, il sert aussi parfois comme justification à des comportements ou à des prises de décision tout à fait inaccceptables. Chaque jour nous apporte en effet son lot de décisions incontournables mais aussi son lot de réactions inattendues.
Je citerai deux exemples récents, l'un spectaculaire, l'autre plus discret et néanmoins plus surprenant.
Le premier concerne la RATP et la SNCF en région parisienne. Pour des raisons historiques de répartition de marchés entre ces deux entreprises publiques, le réseau francilien est partagé entre elles, ce partage étant poussé à l'absurde jusqu'à procéder à des changements de conducteur sur la même machine dans le même parcours. L'aberration technique et économique globale était évidente de longue date ... mais personne n'osait changer quoi que ce soit, jusqu'à ces jours derniers où une tentative prudente de normalisation était essayée sans toucher en quoi que ce soit aux intérêts des uns et des autres (et surtout pas du personnel).
Résultat: grève sur les deux lignes du RER, pagaîe monstre dans les gares et comme d'habitude c'est l'usager (j'ai failli écrire ce terme banni le "client" ) qui est pris en otage!
Le second concerne la tentative de réforme amorcée par Bernard Kouchner pour mettre en place une agence culturelle française à l'étranger plus efficace et plus en phase avec nos objectifs stratégiques légitimes. Et là d'où croyez-vous qu'est venue l'opposition? des ambassadeurs eux-mêmes qui entendaent garder leurs prérogatives, chacun faisant sa politique culturelle comme s'il était le seul maître des moyens mis à sa disposition par l'Etat!
Alors que dire de ces deux situations?
Tout d'abord que le changement n'est pas une fatalité, qu'il se prépare, se concerte, que tout ce qui a été fait par le passé n'est pas nécessairement mauvais, qu'il y a en chacun de nous le dynamisme de la pirogue et l'ancrage culturel des racines de l'arbre (cf. O Babeau et Paul Ohana)
Et puis ensuite, comprendre qu'on ne peut se cantonner indéfiniment dans la protection des avantages acquis, ces avantages qui ont pu avoir un sens, une justification, à un instant donné mais plus aujourd'hui... et qu'à force de freiner, nos trains et notre renommée internationale risquent de rester au bord du chemin.
Paul Ohana
Président Commission réforme de l'Etat
Fondation Concorde
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