Un triomphe sans gloire, voilà comment je qualifierais le déplorable résultat du match de foot-ball France-Irlande! Un triomphe sans gloire qui va contribuer à créer une nouvelle fracture sociale, une fracture entre le monde des grands organismes d'évènement sportifs et celui de leur public, à savoir vous et moi.
Malgré les avanies que nous ont fait connaître les grands rendez-vous sportifs récents, le public français a continué à les soutenir contre vents et marées, que ce soit le Tour de France, la F1, Ligue 1 de foot-ball,..alors même que ceux-ci sont de moins en moins des rendez-vous sportifs et de plus en plus des évènements médiatiques où les règles du jeu sont dictées par les organisateurs et les sponsors.
les évènements récents nous ont amené leur lot de scandales et nous ont fait entrevoir les coulisses du monde des sports. Mais la façon dont a été gérée au vu et au su du monde entier, la fin du match France -irlande a atteint des sommets qui risquent d'entâcher pour longtemps, l'identité dont nous sommes porteurs et les valeurs qui ont toujours été les notres.
Que ce match ait été l'occasion de verser des primes de résultat pharaoniques à un entraîneur et des joueurs qui ne les avaient pas méritées est déjà en soi un mauvais message ; mais surtout que le match ait bafoué à ce point la notion d'éthique dans le sport en mettant des règles internes à la FIFA au dessus de l'évidence flagrante d'une situation et de la conception la plus noble du sport est tout à fait inacceptable.
Si l'on veut éviter de creuser plus encore le fossé qui sépare les "responsables des sports français " de leur public et de l'opinion internationale, il y a lieu de réagir très vite. il faut réconcilier la France d'en bas, la mienne, la votre, celle de la grande majorité des français avec le sport d'en haut, cette machine dont nous venons d'avoir une image déplorable à l'occasion du match France-Irlande.
En attendant de refonder les règles de la compétition professionnelle internationale, je propose trois décisions immédiates :
la première a trait au match lui-même.
Je pense qu'il faut acter dans des formes à déterminer de la situation que nous avons vécue . Oui il y avait bien eu main; oui le but consenti aux français l'a été par erreur; oui nous le reconnaissons tous, joueurs, public, officiels, entraîneurs et même la FIFA.
ceci étant, les règles qui président à cette compétition étant celles de la FIFA, ces mêmes règles impliquaient que c'était la France qui avait gagné le droit de poursuivre la compétition mondiale.
Cette présentation aurait le mérite d'arrêter chez nous tous les faux débats et justifications de toute nature sur la réalité de la faute commise. Nous aurions le courage d'assumer l'erreur commise (par l'arbitre) et nous pourrions enfin faire preuve d'empathie vis à vis des victimes de l'erreur: les joueurs irlandais.
C'est là que se situe la deuxième décision: la recherche d'une sortie élégante de cette crise par le haut.
Quand on sait les enjeux économiques importants liés au résultat de ce match, l'énorme soupir de soulagement poussé par les sponsors, partenaires et organisateurs français , on se doit de penser à une forme de compensation élégante pour nos amis irlandais.
D'un match amical retour dont les recettes iraient à l'Irlande, en passant par l'aménagement d'un stade ou la sponsorisation d'un club de jeunes en Irlande, les possibilités sont nombreuses et à la mesure des moyens des multiples bénéficiaires de la défaite irlandaise , joueurs et entraîneur en tête.
la troisième décision enfin a trait aux rapports entre nos Etats et les véritables multinationales que sont nombre des grandes fédérations internationales,
Le CIO, la FIFA, la FIA,l'UCI, ... sont en effet des multinationales dont les régles s'imposent aux pays dans lesquelles elles exercent leur activité. C'est ainsi que dans l'erreur flagrante d'arbitrage du match france-Irlande, notre premier ministre a déclaré que les pays n'avaient pas à s'imiscer dans la gestion de ce dossier qui était de la compétence souveraine de la FIFA.
En vertu de quel principe de droit ? en vertu de quel abandon de souveraineté? Il me semble que les rapports dictés à des nations souveraines par les multi nationales du sport devraient être revisités.
On nous annonce qu' une prochaine réunion de la FIFA ce mercredi doit aborder à nouveau ce sujet. Formulons le voeu qu'elle trouve la voie pour nous réconcilier avec nous mêmes et avec le reste du monde.
Paul Ohana
Président de la Commission Réforme de l'Etat
Fondation Concorde
cher ami
j'oserai un commentaire, puisque depuis mon retour de Paris, c'est un sujet qui alimente toutes les poses. moi qui gére un centre de formation et qui travaille à l'insertion par l'économie de jeunes en difficultés souvent issus des quartiers en difficultés. le constat est simple pour nous (ceux d'en bas), c'est juste dramatique !! pour ceux qui se battent à redonner des valeurs au jeunes ( les plus anciens qui gérent ces affaires ont semble-t-il sonmbré dans le cynisme et je ne crois pas que nous puissions grand chose pour eux)mais pour ces centainnes de milliers de jeunes dont nous nous soucions, je dirais juste merci ! merci aux joueurs, à l'entraineur, aux différentes instances, aux politiques qui une fois de plus ont perdu l'occasion de nous montrer qu'ils avaient le souci de l'intérêt général, merci d'avoir mis, pas un mais des dizainne de coups de hache dans le sens des valeurs et de l'éthique que nous essayons et souvent avec l'aide de la notion d'éxemplarité de donner à ces jeunes. pour conclure je leur dirais à tous ceux d'en haut: "continuez à vulgariser et à banaliser ce pourquoi certain ont même donner leur vie( l'honneur), vous ne serez pas déçu ! les jeunes d'aujourd'hui apprennent trés vite." et comme ils disent..ce n'est pas si grave....
Rédigé par : de rocquigny | 25 novembre 2009 à 08:54
Bonjour Paul
Je réagis avec plaisir à ce sujet qui m'a touché moi aussi, en tant que praticien de longue date de sports collectifs et entraîneur de jeunes depuis quelques temps. Je partage bien sûr le malaise de beaucoup de français face au triste dénouement de ce match et je ne peux que soutenir les propositions visant à rechercher une "sortie élégante de cette crise par le haut". Mais juste pour alimenter le débat, je livre deux réflexions :
(1) certes les instances de gestion du football professionnel sont une puissance financière énorme, réactionnaire et peu démocratique, dont les règles et décisions cherchent avant tout à maintenir une situation pour le moins profitable. Mais n'oublions pas que le moteur financier de tout cela, ce sont les téléspectateurs, donc nous...
(2) j'aurais moi aussi aimé — pour moi et pour l'exemple à donner aux jeunes — que Thierry Henry se dénonce immédiatement auprès de l'arbitre. Mais considérons froidement la signification de ce geste : cela aurait été aller à l'encontre de son intérêt et de celui de l'équipe (vu les règles de la FIFA), cela aurait été faire ce que personne ne fait jamais depuis des années sans que l'on trouve trop à y redire quand on est pas "personnellement" concerné, bref cela aurait été aller contre l'ordre établi, l'habitude, ses partenaires (qui le lui aurait probablement reproché...) bref être un véritable héros. J'aurais aimé que notre capitaine français soit un héros, mais il a juste fait ce que la plupart des autres aurait fait à sa place... Se rendre compte que nous ne sommes pas meilleurs que les autres, n'est ce pas cela aussi qui nous fait mal ?
Rédigé par : Laurent Barbut | 25 novembre 2009 à 13:48