Nous avions tout lieu d'être fiers de notre Grenelle de l'environnement: une bonne préparation, un temps suffisant pour étudier, débattre, une volonté politique en phase avec l'ensemble de la démarche, une dose très française d'humanisme et de volonté d'assumer ses responsabilités à l'égard des pays en voie de développement. Bien sûr certains nuanceront ces propos optimistes , chacun des éléments cités ci-dessus pouvait être amélioré, il aurait fallu plus de temps, plus d'engagements, des objectifs chiffrés,.... Mais quoiqu'il en soit, nous avions obtenu un consensus , c'est à dire une série de décisions qui même si elles n'étaient pas celles que chacun souhaitait avaient emporté l'adhésion de tous les acteurs français.
Hélas , Copenhague a été apparemment tout le contraire .
Tout d'abord, l'absence de partage de cette sensation d'urgence qui animait la délégation française à savoir que c'était le rendez-vous de la dernière chance et que l'avenir de la planète se jouait ici et maintenant. Si des petites îles ou territoires partageaient cette sensation angoissante, nombre de grandes nations n'étaient pas animées par cette même sensation d'urgence.
L'opposition prévisible et manifestée entre les pays industriels, pollueurs de longue date et encore pour longtemps, et les pays en plein développement, Chine, Inde, pollueurs récents mais combien importants méritait un traitement de fond, laborieux, à négociéer dans des conditions que le modèle "onusien" de Copenhague ne permettait pas. Il eût fallu un ambassadeur itinérant chargé de rapprocher les parties qui aurait négocié les termes d'un accord avant de se retrouver autour d'une table ronde, éphémère, où même le nombre de sièges voulu n'avait pas été prévu.
Alors , doit-on parler d'échec total ? Oui, du point de vue français si l'on compare les résultats obtenus à nos attentes.
Non, si l'on fait l'inventaire des points positifs et ils sont nombreux:
Tout d'abord la présence à Copenhague des représentants du monde entier, à tous les niveaux.
Pas un pays, pas un Etat qui ne soit conscient de l'importance des problèmes de notre planète et pas un opinion publique ou ONG locale qui ne s'en soit saisie,
une déclaration politique, de principe, fixant à 2°la limite du réchaffement planétaire
ensuite un financement rapide de 30 milliards de dollars pour gérer les problèmes de déforestation (mise en place du mécanisme REDD-plus Reducing Emissions from Deforestation and Degradation)
des rendez-vous très proches, à Bonn dans 6 mois, à Mexico dans un an avant l'échéance du pacte de Kyoto à qui on reconnait maintenant le merite d'exister en tant que tel même si Etats Unis ne l'ont pas signé.
Bref, en attendant cet ordre mondial souhaité mais encore loin d'être réalisé, il nous faut faire preuve de réalisme et de persévérance: la méthode des petits pas préconisée en son temps par Henri Kissinger a peut-être plus de chances d'aboutir qu'une révolution imposée par des chefs d'état qui d'ailleurs n'y sont pas encore prêts.
Il y a quelques jours, je proposais dans une note de créer un indicateur de "sustainable development awareness", je crois en toute naîveté qu'un outil de cette nature est plus que jamais nécessaire.
C'est lorsque tous les pays et toutes leurs opinions publiques auront une même définition de cet indicateur et lorsqu'ils partageront ensuite la même vision de ce qu'il devrait devenir dans chacun des pays du globe que des résultats tangibles pourront être atteints.
Et pour atteindre ce consensus mondial qui nous fera passer du chacun pour soi à une solidarité planétaire, il y aura un long chemin à parcourir...
Rien n'empêche, bien sûr, dans l'intervalle de demander à chaque pays de respecter les engagements, moraux ou contraignants, qu'il a pris.
Et pour conclure, joyeux noel et bonne année à tous les lecteurs de ce blog
et à tous les amoureux de notre planète!
Paul Ohana
Président de la Commission Réforme de l'Etat
Fondation Concorde
Cher Paul,
Quel optimisme !!!! No further comment..... tout ça est trop triste et trop grave.
Rédigé par : Monique Chambers | 21 décembre 2009 à 17:04
Bonne année, Paul, et bonne santé !
Si ton commentaire est à contre-courant de la plupart des commentaires.., personnellement je l'approuve et le qualifierai de réaliste et non d'optimiste.
Un sujet complexe et qui concerne tous les Etats de la planète ne peut, hélas, être traité que par la méthode des petits pas.
Rédigé par : D.A. Lamy | 22 décembre 2009 à 12:51
J'ai bien lu le texte relatif à Copenhague et je regrette de ne pas pouvoir vous suivre lorsque vous parlez de points positifs. Nous avons été trahis par nos gouvernants et nos élites, c'est impardonnable. Il faut ouvrir les yeux : l'espèce humaine est bel et bien menacée, c'est un fait. Copenhague n'a réussi qu'à tuer tout espoir de retournement du scénario catastrophique dans lequel nous sommes maintenant engagés.
Notre seul devoir est donc dès à présent, de toute urgence et sans attendre d'autres échecs de futures réunions internationales, de réfléchir par nous-mêmes à la meilleure façon de sauvegarder ce qui pourra l'être de notre espèce et de celles, animales ou végétales, qui sont indispensables à notre survie. Ce n'est plus sur les organisations étatiques qu'il faut porter notre confiance, mais bien sur toutes les structures non gouvernementales et sur des organisations planétaires et régionales privés, apolitiques, qui seront dégagées de toutes considérations autres que celle de la sauvegarde de l'espèce humaine.
Cet objectif devra être le seul guide de nos actions. Je fait part dans le document mis à disposition de mes réflexions et du constat, formellement établi, qui ne laisse plus aucun doute sur qui nous attend, ou plutôt sur ce qui attend nos petits enfants : l'Histoire nous jugera, sur notre sursaut, ou sur nos lâchetés.
Nous devons, maintenant, secouer le Monde pour survivre à ce siècle !
Bien cordialement
Francis Lenne
flenne@sfr.fr
Rédigé par : Francis Lenne | 28 décembre 2009 à 23:37