Qui donc s’intéresse à leur situation personnelle ? La vie professionnelle de l’agent verbalisateur se déroule à l’intérieur d’un cadre que façonnent un travail répétitif, une rémunération modeste, l’impossibilité d’accéder à de vraies compétences, des relations conflictuelles avec les citoyens et le port d’un uniforme peu respecté. Nous ne critiquons pas cet agent : chacun a besoin de gagner sa vie.
En apparence, tout va bien : les agents verbalisateurs bénéficient de tous les droits sociaux (la question des droits sociaux s’est déplacée et concerne désormais surtout les travailleurs clandestins). Dans les faits, chacun d’eux est confronté aux trois mêmes problèmes : celui de l’activité (exercer un métier sans perspectives), celui de la vie personnelle (comment sortir de la médiocrité, que raconter à ses enfants à propos de son métier ?), celui de l’avenir (une fonction publique elle-même abritée derrière de multiples statuts ne lui en propose aucun, démissionner serait se perdre dans le désert...).
L’agent verbalisateur ne serait-il pas aujourd’hui la figure allégorique de la condition de tant de salariés non qualifiés de la fonction publique (dans le privé, les problèmes sont différents) ? Il en souffre en silence, bien d’autres catégories aussi. La condition de ces professionnels modestes, que l’on affecte d’oublier, s’inscrit pourtant dans le changement d’époque, qui condamne la croyance paresseuse dans le maintien du statu quo et devrait nous imposer de prendre en charge, dans tous les domaines, les véritables enjeux de demain.
Armand Braun
Comme naguère le fondateur de la FNAC, Armand Braun est un agitateur d'idées ; et il est bien dans son rôle quand dépassant les débats très légitimement polémiques sur le salaire de M.Proglio, il nous ramène à un problème auquel chacun d'entre nous a nécessairement été confronté, celui des agents verbalisateurs; et il en fait un vrai problème de société.
Mais au lieu de crier haro sur le baudet!, ne voilà-t-il pas qu'il s'inquiète de leur bien être au lieu de prendre notre défense, à nous citoyens, victimes impuissantes de l'usage impénitent que ces agents font de leur pouvoir!
Combien de fois avez-vous explosé de colère, mal démarré votre semaine ( et réduit la performance exceptionnelle qui a toujours été la votre) en trouvant posé sur le parebrise de votre voiture une contredanse rédigée dimanche à 01.00 du matin sur une zone de livraison, totalement inutilisée. Combien de fois avez-vous tempesté contre ces agents verbalisateurs mais aussi et surtout contre leurs accompagnateurrs zélés, ces remorqueurs vers la fourrière la plus proche, efficaces, rapides, battant chaque jour des records d'enlèvement avec une motivation que tous nos directeurs d'administration centrale leur envient!
C'est cela notre société avec ses effets pervers et ses fonctions subalternes qu' Armand considère comme dévalorisantes!
Mais on ne peut supprimer les effets sans supprimer les causes: il n'y aura plus besoin d'agents verbalisateurs le jour seulement où il n'y aura plus de voiture à verbaliser (doux rêve écologique) ou le jour où il y aura suffisamment d'espace pour garer sa voiture indéfiniment (autre rêve utopique alors que l'urbanisation se poursuit à un rythme effréné).
Alors je crains que nous ayons nos pervenches (je préfère cette appellation) pour encore longtemps.
Mais dans l'intervalle rien ne nous empêche, bien au contraire, de repenser la relation entre tous les agents publics et les citoyens lamda.
Une culuture du respect réciproque (nous à leur égard, et eux au notre) qui est si bien partagée dit-on dans les pays nordiques devrait être (ré)instaurée chez nous, le vivre ensemble est aussi une composante de l'identité nationale.
Et puis bien sûr il ne faut pas les enfermer ad vitam aeternam dans des parcours sans issue; on ne doit pas nécessairement rester 20 ans dans le même poste, il existe des passerelles avec d'autres univers professionnels, il suffit de les chercher pour autant que l'on ne se piège pas dans des relations sociales sclérosées.
Et puis surtout pour redonner à ces agents le respect d'eux-mêmes, il faut leur faire redécouvrir le sens de leur travail, qui n'est pas celui de verbaliser mais avant tout d'être les garants d'une utilisation sûre et efficace de la voirie. Utopie ? direz-vous, peut-être, mais je continue à être de ceux qui lorqu'ils tapent sur un caillou pensent qu'ils participent à la construction d'une cathédrale.
Bien à vous
Paul Ohana
Rédigé par: paul ohana | 24 janvier 2010 à 00:47