Montaigne qui n'est pas un contemporain avait écrit à l'époque"science sans conscience n'est que ruine de l'âme"; il ignorait alors sans aucun doute les vertus réciproques du cerveau droit et du cerveau gauche ; mais dans sa grande sagesse il nous mettait déjà en garde contre la domination des experts, froids et rigoureux, détenteurs du savoir et de l'autorité qui va avec.
Or ce 21 ème siècle, censé être celui de l'économie du savoir et de la connaissance est en train lui aussi de générer des comportements technocratiques qui nous conduisent à des impasses dramatiques.
Prenez l'exemple de Toyota, Toyota le Dieu de la Qualité. Toyota a régné en maître avec ses processus, ses démarches, son exemplarité et pourtant devant les problèmes techniques rencontrés sur ses modèles, le voilà appelé à remettre en cause sa façon de manager. Le respect du client , le zéro défaut acquis à grand peine ont été battus en brèche . Que d'intelligence va-t-il falloir pour regagner une confiance construite sur la durée.
Prenez dans un autre contexte, les traders, ceux là même à qui on pourrait tout reprocher sauf de manquer de compétences, ces traders maîtrisant leurs outils de simulation ont réussi à piéger leur hiérarchie quand elle n'en était pas consciente, allant même jusqu'à jusqu'à mettre en faillite l'ensemble du système financier. Quel bel exemple d'intelligence dévoyée !.
Prenons un exemple complètement différent, celui de la Commission Attali . Un aréopage de ce que la France compte de plus brillant, de plus diplômé, des hommes et des femmes triés un à un sur le volet, des CV qui feraient rougir d'envie n'importe lequel d'entre nous, ENA, X, Sciences Po, hauts fonctionnaires brillants,on ne pouvait trouver mieux. Jamais peut-être depuis la Commissuion Armand la France n'avait réuni une telle richesse intellectuelle...
Alors pourquoi ses 316 recommandations ont -elles reçu un accueil mitigé ? pourquoi ont-elles donné lieu à des échanges peu amènes avec ceux-là mêmes , les parlementaires, appelés à les approuver, à les voter? ce n'est certes pas l'intelligence individuelle des membres qui était en cause.
C'est , selon nous, parce que la Commission faisant front uni devant le monde extérieur, a été victime de ces syndromes qui guettent tous les consultants, à savoir avoir seul raison contre tous; être celui qui SAIT, et ne rend compte qu'à ses pairs à condition qu'il les reconnaisse comme tels, ce qui est rarement le cas!
Mais voilà qu' à la suite de la crise que nous traversons, à la demande du Président de la République, la Commission Attali revient sur le devant de la scène pour actualiser ses travaux .
Quelle occasion unique de tirer les enseignements des à-coups de la Commission Initiale ! L'heure n'est plus, pensons-nous, au "pourquoi" mais plus que jamais au "comment"
Le vrai défi est dans la recherche d'une bonne mise en oeuvre des recommandations, dans l'élargissement du cercle des alliés, de ceux qui vont décider, de ceux qui vont voter, de ceux qui vont mettre en oeuvre, ceux qui vont bénéficier et de tous ceux qui vont subir.
En un mot il faut comprendre, convaincre et respecter l'ensemble des parties prenantes depuis l'Elysée, Matignon, le Parlement, le Gouvernement, les partenaires sociaux..., et avec tous il va falloir faire preuve d'intelligence émotionnelle et pas seulement d'intelligence rationnelle.
Gageons que les membres de la Commission seront sensibles cette fois-ci autant à l'intelligence des faits qu'à celle des situations et qu'Attali 2 sera un tres bon cru !
Paul Ohana
Président de la Commission Réforme de l'Etat
Fondation Concorde
Co-auteur avec Olivier Babeau de ;"Les échecs du Consultant: les comprendre, les éviter"
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