Formés à l'école de Kant et à sa ponctualité maladive nous avions pris l'habitude de régler nos montres sur les heures d'arrivée des TGV. 12H01 le Paris Marseille, 17H 32 le Paris Bordeaux ...Point besoin de nous familiariser avec les lieux, nous connaissons toutes les gares, les grandes comme les petites, avec la place de la sortie, celle de l'escalier mécanique,..Nous vivions en phase avec notre décor ferroviaire, devenu une seconde nature.Et puis, vous souvenez-vous du sketch de Fernand Raynaud allant acheter son billet de train pour Caen? A mourir de rire...avec la confusion entretenue entre l'heure de départ et le lieu d'arrivée...
Mais voilà, tout cela est un passé révolu. Socrate, (Le logiciel), nous a appris à maîtriser les distributeurs de billets automatiques à qui ont été délégués la rigueur de la connaissance des Guides et le pouvoir de délivrer des billets. Et depuis, les trains partent à l'heure de leur point de départ et arrivent à l'heure à destination, pour le plus grand bonheur de Kant et des responsables de la SNCF.
Las, las, ce tableau techno-idyllique a volé en éclat ces jours derniers. Des trains sont partis qui ne devaient pas partir, des trains sont arrivés là où ils n'étaient pas attendus, tout cela dans une pagaie spatio temporelle digne, si ce n'était dramatique, d'une pièce de Feydeau.
Bien sûr , notre toute jeune ministre des transports a demandé et obtenu un rapport d'enquête. La SNCF s'est excusée auprès de ses passagers, et va entamer un processus complexe de dédommagement. Et puis syndicats et direction vont se rejeter les causes de ces invraisemblables dysfonctionnements que Taleb avait annoncés dans son livre le Cygne noir et que Parkinson avait synthétisés dans sa quatrième loi, si le pire peut arriver, il arrivera!
Mais encore une fois, je ne veux pas jeter la pierre aux malheureux dirigeants qui ont eu à affronter ces situations de crise: je comprends qu'un train puisse être en retard, parfois très en retard. Je comprends que le chantier de construction d'un réacteur puisse être en retard, un peu, beaucoup, je comprends qu'un des plus grands aéroports d'Europe soit surpris par la neige et soit en panne de dégivrant, je comprends qu'une grande entreprise soit surprise par un hiver plus rigoureux que ses prévisions, je comprends tout cela.
Par contre je ne comprends pas que l'on n'en tire pas les leçons, des leçons vraies, sincères qui, seules permettraient de tirer des enseignements et d'éviter la même erreur, qui reproduite devient une faute!
A la réflexion, si l'on me demandait à nouveau quelles sont les qualités essentielles d'un grand dirigeant, en temps de crise, je dirais, le respect de l'autre, l'autre étant en premier lieu son client, et puis la capacité de rebondir aprés avoir su se remettre en cause, en toute modestie.