Les statisticiens de par le monde ont tout lieu d'être rassurés.
Le dernier G20 a finalement décidé de se doter d'une batterie d'indicateurs économiques et financiers pour suivre l'évolution de l'économie mondiale; l'idée sous-jacente étant bien sûr qu'ils serviraient d' indicateurs d'alerte pour qu' à la première dérive de l'un d'entre eux, les mesures adéquates soient prises.
Las, la réalité est moins simple; le besoin d'une mesure commune ne faisait pas l'unanimité ; une donnée clé comme la balance des paiements ne figure pas dans la batterie retenue; et puis, la question majeure , "quelle mesure prendre en cas de dérive manifeste d'un indicateur?" a été renvoyée à plus tard.
N'en tirons pas hâtivement pour conséquence que ce G20 a été inutile. Les affres de la crise étaient encore trop présentes à l'esprit de tous pour qu'un pays veuille prendre la responsabilité d'un échec. Les règles balbutiantes de la mondialisation ont montré l'impérieuse nécessité d'un minimum de régulation et d'anticipation . Et pour cela il faut être en mesure d' établir un état des lieux suivant les mêmes critères (résultat atteint) pour prévenir une crise analogue à celle que nous vivons encore. (résultat recherché).
On le sait, les meilleurs thermomètres ne font pas baisser les températures, les altimètres éprouvés ne font pas descendre ou remonter un avion, ce n'est pas leur rôle; mais sans eux, on reviendrait à un pilotage à vue inacceptable alors qu'avec eux on peut tirer des enseignements tout à fait utiles.
C'est l'exercice auquel s'est livré Charles M. Blow dans le dernier supplément du week-end de New York Times , livré avec le Figaro du 18 Fevrier 2011. M. Blow confronté aux mouvements de révolte dans les pays arabes s'est demandé : qu'ont la Tunisie et l'Egypte de commun pour être les deux premiers pays à se révolter ?
et seconde question: quels sont les prochains pays les plus susceptibles de se révolter?
Il a donc constitué à partir d'indicateurs internationaux, fiables, faciles d'accès, compréhensibles par le commun des mortels et surtout pertinents c'est à dire ayant un lien de causalité avec le phénomène mesuré, en l'occurrence la "propension à la révolte" un tableau de bord inattendu.
Il a retenu l'âge médian de la population, (plus la population est jeune, plus elle aura tendance à se révolter), la part des dépenses de première nécessité dans les dépenses individuelles, le niveau d'inégalité des ressources , le taux de chômage, le niveau de démocratie, (mesuré de 1 à 10), la nature du régime politique, démocratique ou autocratique et puis le taux d'accès à Internet.
En comparant cette série d'indicateurs pour la Tunisie et l'Egypte, il a trouvé une proximité surprenante.
Pour répondre à la seconde question, "qui a la plus grande propension à se révolter?" il a comparé l'ensemble des pays du Moyen Orient et d'Afrique du Nord aux Etats Unis pris comme référence. Et là apparaissent les pays, entrés depuis, en pleine secousse, la Lybie,...
Un mot pour conclure, l'indicateur de propension à se révolter me fait penser à l'indicateur de mesure du bonheur. Il y a peu de temps à la demande du Président de la République, M. Stiglitz Prix Nobel d'Economie avait travaillé à la création d' un indicateur nouveau en mesure de remplacer un PIB disqualifié.
A sa façon, M. Blow lui a donné une réponse: en attendant de trouver un indicateur du bonheur idéal dont nous devrions nous rapprocher, ayons l'oeil sur cet indicateur du mal vivre, qui fait descendre les peuples dans la rue et qui risque de nous entraîner dans l'oeil du cyclone.
Paul Ohana
Président de la Commission Réforme de l'Etat
Fondation Concorde