L'accord PS-EELV sur le nucléaire, signé, revu et corrigé, et finalement entériné par les appareils des partis (mais pas par ceux qui devraient le mettre en oeuvre s'ils étaient élus!) n'a pas fini d'alimenter les débats.
Une première explication à ce tollé médiatique est dûe à la complexité du sujet qui autorise chacun à dire toute chose et son contraire. Prenons par exemple la question de l'emploi. Allez donc savoir quel serait l'impact en terme de perte d'emploi si l'on fermait vingt quatre centrales nucléaires.
Faut-il prendre en compte seulement le personnel employé par ces centrales ?
y ajouter celui des sous traitants ?
ou celui de l'ensemble de la filière, depuis les bureaux d'études et recherche jusqu'à la la filière retraitement?
Faut-il y ajouter l'impact sur les entreprises clientes et sur les fournisseurs?, y intégrer les conséquences de la perte de nos marchés actuels et potentiels à l'étranger?
Suivant ce dont on parle, les chiffres varient entre 100 000 et 1 000 000 emplois. L'écart est de taile.
Dans l'intervalle, chacun annonce son chiffre mais sans jamais préciser à quoi il correspond.
A cela s'ajoute la définition des critères de choix des centrales à fermer: les plus anciennes ?, les "moins bien situées"? , celles qui emploient le plus de personnel ou le moins? reste l'établissement du calendrier de ces fermetures éventuelles, dont bien sûr personne ne parle.
Je dois dire que ce critère " le maintien de l'emploi" que l'on a mis au coeur du débat me pose problème. La création nette d'emplois, le développement d'emplois pour les adapter en permanence aux évolutions technologiques et le maintien de l'emploi sont certes des critères importants mais on ne saurait ramener la production d'énergie à sa seule capacité à générer de l'emploi.
L'énergie est une ressource amont qui conditionne tous les secteurs aval et si le maintien de l'emploi est certes à prendre en compte, il ne saurait se substituer aux autres critères que sont le coût de cette énergie pour son client final, la sécurité de son approvisionnement et la sûreté de ses installations. C'est ce mix qu'il y a lieu de prendre en considération dans son intégralité dans ce débat.
Or il n'en est rien et ce, pour deux raisons :
la première est la complexité du dossier qui ne peut pas être ramené à un débat au café du commerce
la seconde est la crédibilité perdue de tous les experts ou pseudo experts dans ces domaines.
En effet, , qu'il s'agisse des experts de tous domaines, médicaux, financiers ou bien sûr nucléaires, "à dire d'expert" est un mot qui a perdu toute crédibilité dans notre univers..
Alors, comment sortir de cette impasse ?
Tout d'abord a minima en demandant aux responsables politiques de faire preuve de transparence et de responsabilité lors de leurs interventions .
En procédant ensuite à de véritables évaluations de nos politiques non pas des "évaluations-justifications" mais des "évaluations plurielles" où toutes les parties s'exprimeraient même et surtout si elles ne tombent pas d'accord.
Hors de toute vérité unique, de toute approche doctrinale ou d'une suffisance injustifiée, ces évaluations présentées aux citoyens en toute clarté, media à l'appui, les mettraient enfin en mesure d'opérer des choix sur la base d'états des lieux partagés.
Il est temps de faire confiance à la maturité et à l'intelligence des Français , c'est la condition sine qua non pour les intéresser à notre vie publique.
Paul Ohana
Président de la Commission Réforme de l'Etat
Fondation Concorde
Animateur du Groupe Compétences et Déontologie
des Consultants Externes et Internes de la Société Française d'Evaluation
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