J'ai éprouvé une curieuse sensation tout au long de cette longue après-midi organisée par le Conseil d'Analyse Stratégique à la Maison de la Chimie sur le thème :"comment débattre des nouvelles technologies".
Est-ce parce que cette rencontre baptisée colloque ne se voulait pas être un lieu de débat? et certes, débat il n'y a point eu. Par contre de doctes exposés mûrement préparés, tenant difficilement dans les douze minutes allouées par le modérateur réduit pratiquement à celui du gardien du chronomètre, il y en eut.
J'ai très probablement quitté la séance aussi frustré que ces représentants du public invités suivant je ne sais suivant quels critères à des débats dits publics et que l'on souhaiterait voir se comporter comme des gentlemen de l'ancienne aristocratie britannique, ce qu'ils ne font bien sûr pas. Shocking! It's not done!
Et pourtant tous les ingrédients d'un vrai débat étaient présents:
un vrai sujet de société non résolu, comment débattre entre nous pour construire notre société de demain?
un sujet actuel car les nouvelles technologies sont à notre porte et veulent qu'on leur définissent leur place,
deux expériences de débat public dont on aurait pu tirer peut être plus d'enseignements, celui sur les OGM et celui sur les nanotechnologies, deux sujets brûlants qui ont donné lieu plus à confrontation qu"à l'échange constructif souhaité
et puis des intervenants de haute qualité, la fine fleur de notre Administration qui n'avaient pas besoin d'explication approfondie sur les sujets évoqués, ils les connaissaient, mieux encore ils les maîtrisaient, c'était leur domaine.
Alors pourquoi l'excellente mise en bouche de Vincent Chriqui, les non moins brillants exposés des responsables de la Commission Nationale du débat public, à l'exception peut être de l'exposé clair et tranchant de l'avocat en droit de l'environnement Arnaud Gossement m'ont laissé sur ma faim?
L'explication m'en a été fortuitement donnée par l'une des participants responsable d'une agence qui en toute candeur déclarait:" j'espère que la campagne électorale et l'actualité de 2012 ne gêneront pas la tenue de mon projet de débat public et que je pourrai le conduire à son terme" en d'autres termes le "débat public" est devenu une démarche administrative incontournable dont la finalité n'est pas de débattre mais de répondre aux obligations de la Loi Barnier.
Alors bien sûr il ne pouvait être question de débattre sur la Loi Barnier, voir s'il y a lieu de la modifier en suggérant comme je l'ai proposé que la Commission du Débat Public rende ses conclusions en toute indépendance à la fin de ses travaux , le gouvernement gardant bien sûr ses prérogatives de décider en temps voulu suivant ses propres contraintes de temps.
De même il ne pouvait être question, comme je l'ai également proposé, de demander à ce que cette même Commission Nationale ait le droit de s'autosaisir ('et/ou d'être saisie par le Parlement) de sujets à débat, ce qui améliorerait son fonctionnement et contribuerait à asseoir sa crédibilité vis à vis du public. Bien sûr se poserait le problème du budget de fonctionnement, mais une étude de rapprochement avec la Commission Parlementaire d'évaluation des choix scientifiques ou encore avec la toute récente Commission de Contrôle et d'Evaluation de l'Assemblée Nationale permettrait sans doute de trouver des solutions innovantes.
J'ai donc finalement compris les causes de mon malaise. Je venais d'avoir à nouveau la démonstration de notre capacité extraordinaire à donner une excellente solution à un faux problème. Si la question avait été comme cela a été suggéré, comment faire participer plus et mieux les citoyens à la réflexion sur les nouvelles technologies, on aurait eu sans aucun doute un colloque plus riche. Mais telle n'était pas la motivation des participants. Formatés au respect de la loi républicaine, ils étaient venus pour avoir un retour d'expérience et quelques recommandations pour passer à travers les fourches caudines de la loi Barnier. Quant à l'implication des citoyens et la sérénité des débats, elle attendra, une autre génération. ..
Paul Ohana
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