Luc Ferry a la trempe d'un grand journaliste. Il a en effet une propension extraordinaire à saisir la cause de nos angoisses et à nous la restituer en des termes qui nous la rende accessible et déjà maîtrisable. Après avoir décodé la place envahissante de la peur dans nos comportements, le voilà maintenant qui fait de l'amour le centre de sa réflexion. Pourquoi pas? je suis tellement désemparé en cette fin d'année que je suis prêt à accepter tous les messages, toutes les analyses, toutes les recommandations surtout quand elles me viennent d'un homme de cette qualité.
Désemparé pourquoi? parce que en dehors d'une sphère privée de plus en plus réduite, je trouve de moins en moins autour de moi de sujets d'admiration, de respect, d'émulation ou même de compassion. Mes sentiments, ma capacité à s'émouvoir s'émoussent. il n'y a guère que certains numéros, très peu, du cirque de Patrick Sébastien pour me saisir encore l'espace d'un instant.
Et pourtant j'ai été longtemps le premier à m'émouvoir, à me mobiliser au point de vouloir mobiliser les autres. Vanité des vanités, tout est vanité.
Où que je me tourne, je ne vois que cynisme, laideur, violence et impasse...Le progrès scientifique que j'ai voulu croire avec d'autres vecteur du progrès moral est remis en question; le développement que je croyais être la panacée avant qu'il ne soit affublé du titre comique de durable l'est depuis de moins en moins; la sagesse de nos nations érigée en institution est remise en question par d'autres formes de pensée étranges.
La perte de repères est totale,
Après avoir fait table rase de la sagesse de nos anciens,les grandes interrogations métaphysiques qui ont nourri notre jeunesse demeurent désespérément sans réponse. Alors devant cette absence de projet, de vision, pourquoi pas l'amour? l'amour de l'autre, l'amour des autres pour redécouvrir peut-être l'amour de soi...?
N'espérons plus mon âme aux promesses de ce monde disait Lamartine . Refusons aujourd'hui comme hier cette injonction. Trêve d'angoisses, trêve de désespérance, l'amour peut encore être cette rare valeur qui permette de transformer notre vision du monde.
Vision très peu réaliste, je vous l'accorde, mais où le réalisme nous a-t-il conduit jusqu'à présent?
Alors mes amis, foin de nos peurs, foin de nos angoisses, mettons une première once d'amour dans notre vie, les autres suivront ...
C'est le voeu affectueux que j'adresse ce soir à tous ceux qui s'aiment même si je ne les connais pas.